Comme j'ai appris à intégrer des vidéos dans mon blog et que j'ai plusieurs fois parlé d'Edgard Varèse (billet du 12 mai) et de Le Corbusier (billets des 25, 26 et 27 août, et 11 septembre), je ne peux résister à mettre en ligne le célèbre Poème électronique présenté à Bruxelles en 1958 dans le Pavillon Philips de l'Exposition Universelle.
La musique de Varèse était retransmise par 425 haut-parleurs et vingt groupes d'amplificateurs devant 500 spectateurs qui pouvaient admirer les images projetées par Le Corbusier et filmées par Philippe Agostini. Le jeune compositeur-architecte Iannis Xenakis (son Concret PH de deux minutes alternait d'ailleurs avec le Poème qui en dure huit) réalisa le bâtiment conçu par Le Corbusier et dont la forme ressemblait de l'extérieur à une tente de cirque à trois sommets, tout en courbes hyperboliques et paraboliques futuristes, et de l'intérieur à un estomac ! Seize séances par jour à raison d'une toutes les demi-heures pendant 134 jours font un total d'un million de visiteurs. Dans cette reconstitution l'impressionnante spatialisation, un des rares rêves de Varèse qu'il put réaliser, manque autant que l'éclatement des images et des lumières colorées et mouvantes...
"La musique était enregistrée sur une bande magnétique à trois pistes qui pouvait varier en intensité et en qualité. Les haut-parleurs étaient échaffaudés par groupes et dans ce qu'on appelle des "routes de sons" pour parvenir à réaliser des effets divers : impression d'une musique qui tourne autour du pavillon, qui jaillit de différentes directions ; phénomène de réverbération..." (E.V., conférence au Sarah Lawrence College en 1959).
Varèse utilisa des voix, des cloches, de l'orgue, un ensemble de free jazz (avec Charlie Mingus, Teo Macero, etc.) qui marque probablement la naissance de ce style musical et des sons électroniques à travers une série de filtres, modulateurs en anneau, distorsions, fondus et diverses manipulations de la bande magnétique telles que mises à l'envers et changements de vitesse. Aucun synchronisme entre sons et images, mais une dialectique du hasard !
Sept séquences : Genèse, Esprit et matière, De l'obscurité à l'aube, L'homme fit les dieux, Comment le temps modèle les civilisations, Harmonie et À l'humanité tout entière. À propos du Poème, Varèse parla de "charge contre l'inquisition sous toutes ses formes". Dans ses indispensables Entretiens, lorsque Georges Charbonnier lui demande quel est son dernier mot, le compositeur répond : imagination.

Commentaires
Ecrit par : Laurent Fairon
J'ai lu, dans une critique à propos d'une expo Varèse en Suisse dans le Times Literary Supplement en octobre dernier, qu'il existerait des enregistrements inédits de Varèse avec des musiciens de jazz, qui seraient actuellement en dépôt à la fondation Paul Sacher (à Bâle, je présume). Comme ce fonds Varèse est assez récent, fin XXe, on peut espérer voir paraître un jour un CD. J'aime beaucoup Varèse, plutôt sa musique instrumentale en fait, mais je serais curieux d'entendre ça.
Ecrit par : Jean-Jacques Birgé
Voir fin du billet du 12 mai
La qualité de l'enregistrement a probablement retenu la publication de cette séance.
Ecrit par : Stentor16-8-4
Il existe aussi deux heures d'entretien entre Varèse et Maryvonne Kendergi pour la radio canadienne, dont seules vingt minutes sont disponibles sur ce lien www.radio-canada.ca/radio...
Cela constitue un excellent complément aux entretiens avec Charbonnier.
Ecrit par : stentor16-8-4
!!!!!!! Incroyable mais vrai!!!!!!!
Des films où on voit Varèse... en personne!!!!!!
1)Un film muet dans lequel Varèse joue un inspecteur de police (!) www.youtube.com/watch?v=-...
2)Une émission sur Marcel Duchamp, où on voit dans les premières minutes une rencontre entre les deux hommes.www.youtube.com/watch?v=9...
Ecrit par : Stentor-16-8-4
Merci...!
Ecrit par : jjb
Merci de nous avoir indiqué ces trois documents étonnants...
Vous trouverez sur le site de Luc Ferrari un extrait de son film "Hommage à Varèse" qu'il filma en 1966
et sur ce blog le 29 juin 2006 un blindfoldtest (document sonore exceptionnel) :
www.drame.org/blog/index....
dont la solution est donnée quelques heures plus tard :
www.drame.org/blog/index....
Ecrit par : zephine08
tu as oublié de mettre que c'était au départ une pub de la marque phillips
Ecrit par : Jean-Jacques Birgé
J'avais bien écrit dans mon billet que c'était le Pavillon Philips, ce qui pouvait être considéré comme une image de marque plutôt qu'une pub, un peu réducteur...