Le 30 août dernier, j'ai rédigé un billet sur l'excellent film de Jean-Marc Moutout, Violence des échanges en milieu tempéré (2003). Hier soir, j'ai regardé les boni figurant sur le DVD et j'ai été étonné par la qualité de ses deux précédents courts métrages, Tout doit disparaître (1996) et Électrons libres (1998). Dans tous, Moutout dresse un portrait terrible du monde du travail sans que l'ennui ne montre jamais le bout de son nez. Je n'en dirai pas autant de l'amertume que ces films laissent en bouche, univers implacable où les plus défavorisés ont peu de chance de s'en sortir et où les désabusés s'enfoncent un peu plus dans le désespoir. Regarder le monde en face, c'est ce que le réalisateur propose avec un savoir faire exceptionnel, tant par l'acuité critique que par un casting impeccable et une direction d'acteurs qui les rend tous tellement crédibles, même les plus petits rôles. Moutout est un orfèvre, capable de démonter le mécanisme d'horlogerie qui broie les salariés dans les engrenages trop bien huilés du capitalisme cynique. C'est un mot que l'on n'emploie plus beaucoup, doit-on aujourd'hui appeler cela libéralisme pour être compris ? Le réalisateur présente enfin Par ici la sortie, un documentaire sur la sortie en salles de son long métrage. Il écoute les spectateurs avec la même attention qu'il a étudié son sujet, et évoque les difficultés de la distribution. Dans le cinéma français, ce n'est pas tous les jours que l'on croise un nouvel auteur, passionnant, honnête et juste.
Commentaires
Ecrit par : anakin
Le film est brillant.
Je n'ai malheureusement pas vu les deux courts dont tu parles. J'aurais pourtant bien aimé...
Ecrit par : jjb
J'évite autant que possible de déflorer les films en les racontant. Il est toujours préférable de les voir sans n'en rien savoir. Lorsque j'allais au cinéma, au lieu de les regarder égoïstement sur mon grand écran, il m'arrivait d'aller à la séance du mercredi à 14h surtout si le film risquait de présenter quelque polémique, histoire de n'être influencé par personne... J'aimerais souvent en dire plus, mais ne pouvant en parler qu'avec celles et ceux qui l'ont déjà vu, je m'interdis de gâcher le plaisir des autres. Il y en a dont on entend tellement parler qu'on n'a plus envie d'y aller.
La musique ne présente pas ces dangers, le suspense n'est pas son moteur. Il est par contre plus facile de communiquer ses impressions que de faire une critique vraiment musicale.
Le plus souvent, il me semble ne céder ni à l'un ni à l'autre. je me cantonne alors à une simple information, espérant que mes lecteurs me feront confiance, à la longue. Il me suffirait de donner un nom et de laisser chacun y aller, ou pas.