Le site des Allumés du Jazz s'est enrichi de nouveaux systèmes de recherche (par label, artiste ou album) beaucoup plus fins que dans sa précédente version, d'une WebRadio (on peut enfin écouter de la musique) et d'un blog. Devinez qui initie ce blog ? Dans un premier temps, certes, en attendant que les autres rédacteurs se réveillent ! J'ai ainsi déjà mis en ligne la plupart des grands entretiens réalisés dans le cadre du Cours du Temps, rubrique récurrente du Journal des Allumés du Jazz. Sans les photos de Guy Le Querrec qui les accompagnaient (les journaux sont néanmoins téléchargeables au format pdf sur le site des Allumés si on souhaite avoir la complète), on pourra ainsi lire ou relire les entretiens fleuves réalisés avec des musiciens qui ont marqué le précédent demi-siècle : François Tusques, Bernard Vitet, Steve Lacy, Jacques Thollot, Henri Texier, Michel Portal, Joëlle Léandre, Fred Frith, Archie Shepp... aussi bien que ceux avec Le Querrec ou le dessinateur Siné...
On reviendra à tout cela ultérieurement, car ce qui m'anime aujourd'hui est le commentaire laissé sur le blog des Allumés par un ami marin de Siegfried Kessler, pianiste de jazz retrouvé noyé il y a quelques jours, près de son bateau à La Grande Motte.
Fredo nous écrit : Bonjour, je suis un ami de Siggy, j'habite sur un bateau à quelques mètres du sien... C'était mon ami , je le voyais tout les jours... Et le raccompagnais souvent à son bateau avec son ami anglais Andy ainsi que d'autres... Ces temps derniers il était malade... Il avait, en plus de ses problèmes de finances immédiates... (il attendait le réglement de son concert du 25 décembre 2006 à l'ambassade de Roumanie ?), de gros problèmes de santé, atteint d'une prostate défaillante... C'est normal vu son âge... Donc les difficultés que peuvent engendrer une telle maladie... Puis il est vrai qu'il buvait un peu... Mais qui peut se prévaloir de ne pas le faire... Bref ! Ce dimanche 21 janvier, sortant de mon bateau pour aller boire un KF je rencontre Siegfried qui était assis sur un banc... Il s'était uriné et déféqué sur lui... J'ai aussitôt appelé le centre d'action civil des pompiers à Montpellier qui m'a gentiment éconduit vers la caserne des pompiers de La Grande Motte... Réponse:.. Nous arrivons !? Trois Minutes après, débarque la police municipale de la Grande Motte ? Pour soigner un malade ? Ouf Pimpon... Enfin ils arrivent ? Ah Monsieur a encore trop bu, il est sale et en plus s'est pissé dessus... Merde que faire... Allez direction la gendarmerie... Cellule de dégrisement... J'ai eu beau leur dire qu'il lui fallait un médecin et des soins !? Monsieur, on a l'habitude, laissez nous faire notre travail SVP. Si vous le laissez sortir de vos locaux sans soins il est mort... Incroyable STRIKE ? Et on l'a retrouvé flottant le lendemain... Qui faut-il être pour vivre sans déranger... À bon entendeur salut !
Cette histoire est terrible. Elle me rappelle la mort d'Albert Ayler, noyé dans l'East River, ou celle du batteur Oliver Johnson, retrouvé assassiné sur un banc parisien alors qu'il s'est clochardisé, ou encore celle de Malachi Ritscher qui s'est récemment immolé par le feu sur une grande artère de Chicago. Siggy est mort de ne pas avoir été entendu. Les secours n'arrivent pas tous à la même vitesse. Le prix de la vie est fonction de son appartenance sociale.
Image du film de Christine Baudillon, Siegfried Kessler, a love secret (2004).
Commentaires
Ecrit par : body and soul
Cher Jean-Jacques Birgé,
Je suis Christine Baudillon. Amie de coeur de Siggy. Je viens de lire le témoignage de Fredo que je ne connais pas... Siggy me téléphonait chaque matin à 10h00 pile et ceci depuis 6 ans. Il m'a téléphoné le 21 au matin. Un appel déchirant. Il était effectivement assis seul sur un des bancs de la Grande-Motte. Certainement celui qui est près de la fontaine, car le bruit de l’eau le berçait. Il m'a dit que plus aucun bar ne voulait lui servir à boire et qu'il n'en pouvait plus. Je lui ai dit que je venais tout de suite et qu'il ne fallait pas qu'il bouge de ce banc. En l'espace d'une demi-heure, la gendarmerie l'avait déjà « ramassé » et mit en cellule de dégrisement. Je me suis aussitôt rendue à la gendarmerie dont la grille était fermée. J'ai sonné. La porte s'est ouverte. Un gendarme m'a reçu. Je me suis présentée et demandé si Siggy était bien là. Oui il était là. Je n'ai pas pu voir Siggy, le gendarme m'a fait comprendre qu'il n'était pas visible et qu'il dormait. Je suis repartie sur Montpellier. Siggy est resté plusieurs heures en cellule. Il m'a aussitôt appelé lors de sa sortie. Son appel était bref car il n'avait plus de batterie. Il a pu ce soir-là monter sur son bateau. Je lui disais toujours de se faire accompagner car Siggy avait de plus en plus de mal à se hisser du ponton au bateau. Je devais évidemment me rendre le lendemain à la Grande-Motte voir Siggy que je voyais chaque semaine. Seulement, destin ou ironie du sort, j'ai dû partir à toute pompe à la clinique de Salon-de-Provence où un de mes neveux (à peine âgé de 3 mois) venait d'être transporté d'urgence... J'ai essayé de joindre Siggy sur son portable. J’ai dû lui laisser 4 messages. Siggy répondait toujours au téléphone… Puis je suis restée bloquée dans un embouteillage entre Miramas et Arles durant 2h00... Quand Je suis arrivée Siggy était déjà parti. Sa mort violente est insupportable. L’image de son corps frêle et inerte sur la berge à bateaux est insupportable. Siggy n’est pas « mort de ne pas avoir été entendu », Siggy est mort d’un désespoir qui jamais ne l’a quitté. Siggy m'appelait « Body and soul forever ». J'aimais Siggy. Nous aimions Siggy.