Vers 1994 j'ai la chance de découvrir par hasard à la télévision les films d'Artavazd Pelechian et de les enregistrer en vhs : je peux ainsi revoir sept de la douzaine de films réalisés par le cinéaste arménien : Les habitants (1970, musique V. Ouslimenkov, voir au-dessus), Nous (1969), Les saisons (1972), Notre siècle (1982), Fin (1992), Vie (1993) et un autre dont je ne retrouve pas la trace dans sa filmographie, mais qui figure sur ma base de données sous le titre Girl from Minsh. Sur Dailymotion, je trouve aujourd'hui les copies de deux autres plus anciens que Pelechian montre rarement parce qu'il les considère comme des travaux d'école, du temps où ilétait au VGIK à Moscou avec son condisciple d'Andréï Tarkowski.
J'aurais aimé trouver Les saisons (Tarva Yeghanaknere ou Vremena goda) (P.S. : trouvé en 2018 !), son chef d'œuvre internationalement célèbre, chant absolument sublime sur la moisson, la fenaison et surtout la transhumance. Le passage du gué des moutons par les bergers à cheval et les descentes des meules de foin en courant sur des pentes à 45% sont parmi les moments les plus intenses de toute l'histoire du cinéma. Comme dans nombreux de ses autres films défile l'histoire du peuple arménien, mais Artavazd Pelechian transpose toujours son sujet de façon lyrique, sans aucune parole, rythmé alors sur les musiques de Vivaldi et V. Kharlamenko.


Au Début (Nacalo ou Skisb, 1967, voir ci-dessus) est dédié au 50ème anniversaire de la Révolution d'Octobre. La musique est de Sviridov.
À tout commentaire, j'ai toujours préféré les témoignages. Voici quelques extraits du livre de Pelechian, Mon Cinéma (traduction Barbar Balmer-Stutz), trouvés sur le précieux site qui lui est consacré :
" [Dans mes films], il n'y a pas de travail d'acteur, et [ils] ne présentent pas de destins individuels. C'est là le résultat d'une option dramaturgique et de mise en scène consciente. Le film repose pour sa structure compositionnelle sur un principe précis, sur le montage audiovisuel sans aucun commentaire verbal. (…) L'une des principales difficultés de mon travail fut le montage de l'image et du son. Je me suis efforcé de trouver un équilibre organique permettant l'expression unifiée simultanément de la forme, de l'idée, et de la charge émotionnelle par le son et par l'image. Il fallait que le son soit indissociable de l'image, et l'image indissociable du son. Je me fondais, et me fonde encore sur le fait que, dans mes films, le son se justifie uniquement par son rôle au niveau de l'idée et de l'image. Même les bruits les plus élémentaires doivent être porteurs d'une expressivité maximale et, dans ce but, il est nécessaire de transformer leur registre. C'est pour cette raison que, pour l'instant, il n'y a pas de son synchrone ni de commentaire dans mes films.

Après La Terre des hommes (Zemlja ljudej, 1966, voir ci-dessus), je cite encore Mon cinéma :
L'une des affirmations de base d'Eisenstein nous est connue depuis longtemps : un plan, confronté au cours du montage aux autres plans, est générateur de sens, d'appréciation, de conclusion. Les théories du montage des années 20 portent toute leur attention sur la relation réciproque des scènes juxtaposées, qu'Eisenstein appelait le " point de jonction du montage " (montznj styk) et Vertov un " intervalle ". (…) C'est lors de mon travail sur le film Nous que j'ai acquis la certitude que mon intérêt était attiré ailleurs, que l'essence même et l'accent principal du montage résidait pour moi moins dans l'assemblage des scènes que dans la possibilité de les disjoindre, non dans leur juxtaposition mais dans leur séparation. Il m'apparut clairement que ce qui m'intéressait avant tout ce n'était pas de réunir deux éléments de montage, mais bien plutôt de les séparer en insérant entre eux un troisième, cinquième, voire dixième élément. (…) En présence de deux plans importants, porteurs de sens, je m'efforce, non pas de les rapprocher, ni de les confronter, mais plutôt de créer une distance entre eux. Ce n'est pas par la juxtaposition de deux plans mais bien par leur intéraction par l'intermédiaire de nombreux maillons que je parviens à exprimer l'idée de façon optimale. L'expression du sens acquiert alors une portée bien plus forte et plus profonde que par collage direct. L'expressivité devient alors plus intense et la capacité informative du film prend des proportions colossales. C'est ce type de montage que je nomme montage à contrepoint. "
Découvert en France par Jean-Luc Godard et Serge Daney, Pelechian ne semble pas avoir terminé de film depuis 1993. On a pu voir Les saisons à la Fondation Cartier dans l'exposition Ce qui arrive concoctée par Paul Virilio, mais pas de trace pour l'instant de quelque édition dvd. Né en 1938, on peut espérer qu'il trouvera les moyens de continuer à réaliser des documentaires aussi exceptionnels par leur lyrisme et leur rythme, leur sens critique et leur humanisme (entendre au sens noble du terme, soit celui qui réconciliera enfin l'homme avec la nature !).
Commentaires
Ecrit par : esil
Je signale qu'il y a un DVD des oeuvres de Pelechian édité au Portugal. Le titre est "Obras documentais de Artavazd Pelechian" et il contient : "Au début", "Nous", "Les Habitants", "Les Saisons", "Notre siècle", "Fin" et "Vie". Je l'ai acheté sur le site de la Fnac portugaise.
La qualité des image n'est pas très bonne, chose explicable par le refus d'Artavazd Pelechian de faire circuler les copies 35mm de ses films. Chaînes TV, festivals et retrospectives doivent en général se contenter d'une vieille copie bétacam maintenant quelque peu usée...
Ecrit par : Jean-Jacques Birgé
Merci pour cette précieuse information, mais pour l'instant sur ce site il est indisponible.
Ecrit par : esil
Si cela peut aider, la maison de distribution de DVD est la Costa do Castelo Filmes et sur son site (www.costacastelo.pt) il y a aussi un espace pour l'achat en ligne. Cherchez par nom du réalisateur et non pas par titre.
Ecrit par : jjb
Merci. J'ai fini par le trouver sur le site portugais www.blueplanetdvd.com : www.blueplanetdvd.com/app... (version anglaise du site disponible, s'inscrire, c'est gratuit, avant de commander)... Formidable !
Ecrit par : mn
bonjour, je suis en train d'acheter le dvd sur le site blueplanet
est-ce que vous avez bien reçu votre dvd, dans quels délais?
merci pour le tuyau!
Ecrit par : Jean-Jacques Birgé
Bien reçu, je crois me souvenir que cela n'avait pas été très rapide. La commande par mail avait même un peu pataugé au début. Mais le principal, c'est que j'ai reçu les films, et c'était vraiment formidable de les avoir en dvd.
Ecrit par : Livia-Flore
Bonsoir, moi aussi je viens de le commander sur blueplanetdvd.com, et j'espère ne pas avoir à trop attendre pour revoir "Les Saisons", dont les plans cités, à savoir le berger et son mouton (ou sa brebis) roulés dans les flots, ainsi que l'homme tirant son énorme meule de foin tel un Sysiphe en descente sur le point de se faire écraser, évoquaient la danse jusqu'aux extrêmes limites du corps : de la magie pure pour créer un sentiment de légèreté à partir de la pesanteur... Et puis, dans "Notre siècle", le rire jaillissait de la mise en miroir d'archives des premiers essais de l'aviation avec le reportage sur la haute technologie aéronautique, de l'accumulation des râtages de ces fils d'Icare qui aboutissent tout de même à l'acmé du XXème siècle : au premier homme qui a marché sur la lune. Merci pour les trois courts, travaux d'école, que vous mettez à la disposition des admirateurs de Péléchian.
Ecrit par : immanuel
bonjour
y a-t-il quelqu'un qui a ce dvd? ils ne l'ont plus non plus chez blueplanetdvd. quelqu'un aurait la gentillesse de m'en faire une copie?
merci 1000x
immanuel
immanuel257ATyahooFR
Ecrit par : spiral staircase
That was interesting video.thanks for posting
Ecrit par : ONE FROM FOUR
Le film LES SAISONS est trouvable sur un dvd édité par le CRDP : "petit à petit, le cinéma". Bonne copie. Voici le site : www.sceren.com/cyber-libr...