La zappette qui rend fou


Je suis suffisamment crevé pour taper mon billet allongé dans mon lit avec l'ordinateur brûlant sur le ventre. Je sens bien que c'est malsain. Ça me fait mal au coccyx et la chaleur dégagée par le MacBook est très désagréable, mais je ne suis plus à ça près. J'ai passé deux après-midi à m'escrimer sur la télécommande universelle censée remplacer les huit zappettes du premier étage. Je ne compte pas les quatre du salon ni celles du studio ! Hélas, pour l'instant, la mise en fonction est beaucoup plus pénible que le numéro de jonglage. J'ai fait cette acquisition pour permettre à Françoise et à nos invités de se servir du matériel audiovisuel, car, même avec le mode d'emploi de la maison, la tâche est devenue insurmontable. La conformation de l'Harmony 1000 est pourtant extrêmement compliquée et je ne comprends pas comment une personne "normale" peut réussir l'opération. Expert en débugage à la pomme, la difficulté rencontrée m'apparaît paradoxale pour un objet conçu pour faciliter les choses à l'utilisateur lambda. Logitech a néanmoins installé un protocole savant, tant technologique que humain, pour aider les chanceux utilisateurs. De quoi tout passer par la fenêtre. La base de données a répertorié 1700 appareils, mais je dois tout de même envoyer je ne sais combien d'informations infra-rouges à l'objet rêvé. Pour l'instant, ce n'est pas très concluant, la télécommande universelle (300 euros chez Amazon) s'évertuant à produire des comportements fantaisistes à mes appareils. Après des heures d'acharnement thérapeutique et quarante-cinq minutes avec la Hotline, patiente et diligente, je dois attendre que les techniciens niveau 2, ceux qui savent tout mais à qui on ne peut jamais parler, me postent un mail qui m'annoncera qu'ils ont tout programmé à distance à ma place. En voilà une performance ! Si ça marche, je promets de vous le signaler, parce que ça vaudra vraiment le coup. D'un simple geste du doigt sur l'écran tactile, les appareils engagés dans tel ou tel processus (regarder un dvd ou la télé, enregistrer un film ou écouter la radio, etc.) s'allumeront tous en chœur, se connecteront automatiquement sur les bons ports, sélectionneront le bon canal, tandis que tous les autres resteront éteints. En attendant, je vais jeter un coup d'œil à la fuite d'eau de la cave, un exercice tellement plus simple et moins douloureux que de s'arracher les cheveux avec les merveilles que le progrès nous apporte... Aujourd'hui, exercices de relaxation avec pliage d'un pupitre, déploiement d'un transat et ouverture d'une boîte de sardines, cauchemars psychomoteurs largement détrônés par l'informatique domestique !

Post Scriptum : quatre jours plus tard, je passe presque deux heures avec un technicien Niveau 2 qui m'aide à configurer avec succès la zappette infernale. Le numéro de la Hotline est gratuit, heureusement car tout se passe en direct de Toronto, comme lorsque l'on appelle Apple et que l'on est en ligne avec l'Irlande. Sauf qu'Apple fait payer ses à peu près... Après ma première réaction de dépit, je me devais saluer le professionnalisme de Logitech.

Ecrit par : Ninh
Il y avait pourtant une solution bien simple : se LIBÉRER de tout (lecteurs, télés, amplis, etc.)... !

Ecrit par : jjb
Cher Ninh,
tu as de la chance de pouvoir l'imaginer, mais je ne suis pas percussionniste pour taper sur tout ce qui bouge et sur tout ce qui se tient à carreau ;-)
Ce n'est pas l'unique paradoxe d'un musicien qui a enregistré sa première pièce électronique en 1965 ("écoutable" par mon Pop'lab sur le site Poptronics), acquis son premier synthé en 1973 et continue de jouer à ces jeux de garçon à 55 ans ! J'adore les gadgets qui font du bruit et de la lumière, même si parfois cela me sort par les trous de nez. J'aurais aimé être chanteur pour ne rien avoir d'autre à trimbaler que ma carcasse, mais je me suis lancé dans un processus obsessionnel accumulatif auquel j'espère encore échapper à mesure que la mort se rapproche et avant qu'elle ne me rattrape. Je pense souvent à partir avec le minimum : mes yeux pour voir, mes oreilles pour écouter, mes doigts pour caresser, etc., mais aussitôt je fais la liste de la trousse de survie et je miniaturise le délire mécanique (mon couteau suisse pour commencer...) et électronique (iPhone, appareil-photo, etc.)... Décidément je suis fichu, puisque je ne crois pas à une autre vie.
;-)

Ecrit par : Ninh
De mon côté, rassure-toi, si je pouvais juste imaginer la musique - les yeux fermés sous le chêne de mon jardin - plutôt que de la jouer, je n'aurais pas à trimballer les 50 kilos d'instruments qui me servent de viatique... ;-)

Ecrit par : Jean-Jacques Birgé
Ma réponse était perverse. Je m'attendais à ta réaction. Il n'y a en effet pas que l'électricité. Le poids et le volume encombrent nos vies tout autant. On devrait monter une chorale tous les deux !