Deux parallèles se croisent à l'infini (2)


Rien n'est jamais joué. Combien de fois l'ai-je écrit dans mes billets ? Avec en exergue la phrase de Cocteau qui sous-titre ma carte de visite, "le matin ne pas se rase les antennes", ou bien celle de Strawinsky citée par J.C., "trouver une place fraîche sur l'oreiller", que je pratique stricto sensu... Les moments où l'on ne sait pas où l'on va sont plus sûrs que les lignes toutes tracées, mais moins excitantes que les amorces.
Il en va de même avec les amis et les amours. On marche ensemble un bout de chemin, main dans la main, mais il arrive parfois que les choix divergent. Il peut être sage de se séparer sans pour autant renier le trajet parcouru, les paysages découverts ensemble, les émotions un temps partagées. À terme, l'immuabilité des habitudes exige la fuite. Il arrive aussi que deux parallèles se rencontrent à l'infini ; naît un nouvel ami, insoupçonné la veille. C'est ce que, décidément, les rails m'inspirent. Des routes parallèles. Je pense à ma mie. Heureusement.
Chaque année je perds un(e) ami(e). C'est le drame. Je le vis mal. J'aurais tout tenté. Sans succès. Je suis triste, mais je me fais une raison. On n'a aucune influence sur qui que ce soit. Chacun reprend ses billes. Nous ne sommes plus les mêmes. Ou au contraire, la peur de la nouveauté nous empêche de bifurquer. L'un des deux doit prendre la tangente. Pas le choix. Question de vie ou de mort parfois. Mais les souvenirs restent, les meilleurs, à condition qu'il n'y ait pas eu crime. Le reste sombre dans l'oubli, à tort ou à raison. L'inconscient fait ses choix, son petit marché de dupe.
Chaque année je gagne un(e) ami(e). L'équilibre est maintenu. "Une de perdue, dix de retrouvées", me serinait ma maman. C'est faux, même si c'était gentil de l'exprimer ainsi. L'équation donne du "un pour un". Le compte ne dépasse jamais les doigts de la main. Certain(e)s sont loin, mais ils ou elles ne cessent d'exister. J'imagine leur regard posé sur moi. Ils me dictent ma conduite. Je les aime, je crois qu'ils m'aiment. On verra. J'en cherche de nouveaux. Je ne m'endors pas. Les alliances sont mon essence.

Ecrit par : claire
Bonjour,

est-ce que l'amitié ne se construit pas dans le temps et la "fidélité"?
A un ami tout se dit et il dit tout; comment se parler sans s'entendre?
L'ami est presque unique et s'il se perd il est irremplaçable....


Ecrit par : jjb
Chère Claire,

il n'y pas de règle à l'amitié...

Comme je suis rapide et que "je sais où je vais", j'ai reconnu mes amis le jour où je les ai rencontrés. Coup de foudre !

La fidélité est une autre histoire. Je reste fidèle à mes amitiés passées, même lorsqu'elles sont devenues impossibles. La distance n'y fait rien, mais la mort rend les choses compliquées ! Personne n'est fait d'une pièce, les gens changent, personne n'y échappe, les relations évoluent, on n'est pas obligé de passer toute sa vie avec les mêmes proches. On a le droit et même le devoir de remettre tout en question, de reconsidérer sa vie à la lumière des nouveaux évènements. Mon père disait que la famille n'a aucune valeur, si l'on ne s'entend pas. Pas plus les ascendants que les descendants. Devenu adulte, chacun est libre de faire ses choix. Penser autrement expose à de graves désillusions. L'exigence est un critère. Il faut se reconstruire sans cesse une nouvelle famille. Souvent on garde les mêmes et on recommence, ou l'on continue, mais cela n'a rien d'obligatoire...

Certaines dettes sont parfois inextinguibles. Certaines amitiés aussi.
Mais rien n'est jamais joué.
J'y reviens.
Ça se travaille.

Oui, c'est au "tout peut se dire" que l'on reconnaît un(e) ami(e). Il n'y a qu'un ami pour se le permettre, oser.

L'ami n'est pas remplaçable en tant que tel. Ce que l'on perd ne se retrouve pas. Mais comme la perte est inévitable, il est important de reconstituer son réseau social et affectif.

Ecrit par : claire
Bonsoir,

reconstituer un réseau comme tu le dis, ce n'est pas avoir de nouveaux amis, mais faire de nouvelles connaissances. L'ami sachant tout depuis presque le début, il est, pour moi, impossible de remonter sans cesse le temps pour se raconter, surtout au fur et à mesure que l'âge avance. C'est en plus, prendre le risque de passer à coté d'évènements essentiels qui pourraient faire naitre l'amitié. Ces évènements sont souvent très intimes. Les avoir partagés avec "l'ami" sont comme un pacte: on ne pourra jamais oublié alors on ne pourra jamais s'oublier.
J'ai 3 ami(e)s: je connais l'une depuis l'âge de 3 ans, l'autre depuis la seconde et le dernier depuis la première.
Et jamais depuis presque 30 ans je n'ai pu identifier d'autres personnes comme ami. C'était presque "trop tard" pour arriver dans ma vie.
C'est pour celà que la notion du temps et de la fidélité m'apparait comme très importante.
L'un de mes amis est très malade: lorsque j'y pense et que je me dis "il va sans doute partir", c'est comme si on m'arrachait les tripes tellement ça me fait mal, c'est impossible d'imaginer la vie sans lui. C'est devenu un rélexe de s'appeler et de se raconter. S 'il n'est plus là, le vide sera terrible.
Même si la vie nous change, l'ami reste celui qui nous fait tout supporter. Celui aussi qu'on ne juge pas.
Bref, quelle richesse d'avoir des amis comme j'en ai. Je m'en réjouis et je me dis "quelle chance"...

Ecrit par : pol
Je ne comprends pas tout ce que tu dis dans ton texte... Enfin sur ce qui te concerne pudiquement. Mais ce soir je disais à une "ex": C'est fou ce que c'est bien pour moi de me retrouver dans la difficulté, parce que je m'aperçois que j'ai beaucoup plus d'amis, véritables, qui m'aident. Plus que je ne croyais. En même temps, aujourd'hui, je ne suis plus un type qui peut offrir un travail, alors je vois aussi, certaines personnes que je croyais des amis sincères - depuis le temps, 15, 20 ans - et qui ne veulent même plus frayer avec moi d'une façon ou d'une autre... Franchement il en va comme des amours, les amitiés ne durent pas toujours, ce qui est important c'est de vivre cette sorte de sentiment dans la clarté et l'affection vraie... dans le moment... le reste...
hélas tout passe tout lasse tout casse.

Ecrit par : jjb
Il est certain que les véritables amis se dévoilent dans les moments difficiles. Ils se caractérisent aussi parce qu'on peut tout leur dire, même les choses les plus inavouables. Mon texte initial suggérait simplement que si "tout passe tout lasse tout casse", tout naît et renaît... Mais ça se travaille ; les rencontres ne sont jamais fortuites.