Celluloïd, encre, laque, allumette. Nous allons encore nous faire passer pour de grands paranoïaques. Il n'y a pas grand chose à y faire. Avec quelques amis, nous évoquions la thèse du complot dont nous affublent celles et ceux qui préfèrent ne pas faire de vagues, absorbant docilement la potion. C'est que le soporifique a prouvé son efficacité ! On nous dit que la manipulation serait trop énorme. Et Dieu(x) dans tout ça ? Oui, que pensez-vous de Dieu(x) ? Pour un athée, n'est-il pas la plus extraordinaire manipulation de l'histoire de l'humanité ? C'est gros comme une maison, mais la grande majorité des bipèdes de la planète s'y conforment. Ciel, nous sommes faits ! Conditionnés. Toute organisation sociale est pensée pour nous assujettir. Les esprits rebelles sont dénoncés, torturés, lapidés, brûlés, ou plus "humainement" enfermés. La famille est un des piliers de l'entreprise. Nous mangeons ce que l'on nous dit de manger, nous roulons ce que l'on nous dit de rouler, nous volons comme on nous dit de voler, nous pensons ce que l'on nous dit de penser, nous rêvons dans les limites de ce raisonnable. Nous consommons, nous cautionnons. Je comprends les ermites, mais je me vois mieux en phalanstère ! Impossible de s'échapper. L'engagement politique est encore une manière de l'accepter. Le refus passe par la délinquance, la folie ou l'art.
Il y a des nuances, mais rien ne s'acquiert sans douleur. Le vrai travail n'est pas celui qui profite aux patrons. Résistance active. Le devoir de penser par soi-même. Agir. Tout est organisé pour ne profiter qu'à un tout petit groupe, suffisamment important pour permettre au système de perdurer. Les "révolutionnaires" en sont aussi les garants. Sans controverse, le système s'épuise de lui-même. L'étau est bien serré. Notre civilisation est en bout de course. Le découragement gagne les militants. Après quelques grosses catastrophes économiques ou écologiques, de nouvelles utopies verront le jour. Anesthésiés, les êtres humains n'ont jamais su faire autrement. Faut que ça saigne pour remettre les prétendues valeurs immuables en question et faire masse. Je ne suis pas certain d'être clair. Nous acceptons les us et coutumes pour argent comptant. Pas question d'imaginer d'autres manières de vivre. Ordre, travail, famille, patrie, propriété, tout est cadenassé. Les politiques jouent sur la sécurité, il n'y en a aucune. C'est un rappel à l'ordre. Ne pas se révolter. Accepter son état de petit soldat. Avaler le poison jour après jour, 20 heures après 20 heures, la messe est dite. Nerf des rapports homme-femme, la sexualité est tabou. Quelle est notre marge de manœuvre ? À chacun de la définir si nous ne voulons pas vieillir prématurément. Il y a tant de morts-vivants (clin d'œil à Romero). Une question en attendant, reprise du formidable film de 1961 d'Edgard Morin et Jean Rouch, Chronique d'un été : "êtes-vous heureux ?"
Commentaires
Ecrit par : Jean-no
note: on dit souvent que quasi-toute la planète croit en un ou des dieux mais ce n'est pas le cas des chinois, ce qui fait beaucoup de monde.
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Un bon livre : "Pour en finir avec dieu" (The god delusion) de Richard Dawkins. Pas grand chose de neuf là dedans, mais c'est agréablement dit et plutôt drôle.
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Le philosophe québécois Normand Baillargeon cherche un éditeur pour une anthologie de textes de la libre pensée
Ecrit par : vincent segal
En Egypte j'ai trop rencontré de gens véhiculer la thèse du complot pour y croire!
(ces personnes étaient vraiment malsaines)
sur Dieu ,je suis d'accord avec toi ! Quelle farce tenace..
Grâce à Onfray , je lis Stirner "l'unique et se proprièté " , grand philosophe
Ecrit par : René de Séssendre
Pour en finir avec Dieu ?, peut-être faut-il ne pas laisser le « spirituel » (je déteste ce mot, mais je n’en connais pas d’autre) aux mains des religieux, tout comme on ne devrait pas laisser la guerre aux mains des militaires.
Réinventer notre rapport à l’univers (dont 94 % nous est inconnu, selon les scientifiques),
à la nature ((on y pense, on y pense),
au féminin (au féminin du masculin, au masculin du féminin).
En finir avec le culte de l’effort (savoir agir sans tensions inutiles),
de la douleur (pas nécessaire pour enfanter),
le puritanisme (de droite comme de gauche),
l’argent (cette abstraction nocive),
le réel (toujours relatif)
bref, faire le ménage dans nos têtes (toutes atteintes),
C’est simple tout de même !
Ecrit par : jjb
Je sais bien que "le complot" est pour certains une nouvelle forme de mysticisme. Il m'est aussi arrivé de me battre pour la même cause que l'extrême-droite, par exemple contre notre Europe du fric. On peut s'interroger, réfléchir, se battre, sans partager les motivations, les idées ou les méthodes de tous. L'amalgame est bien pratique. C'est d'ailleurs un classique pour discréditer un mouvement. Envoyez des casseurs à une manifestation, des fausses rumeurs sur Internet, et le tour est joué : la manif ce sont des casseurs et personne ne doit se fier à Internet !
Sur la thèse du complot, je cite :
"Dieu, que de crimes n'a-t-on pas commis en ton nom ?"
Quant aux manipulations "historiques", j'en fus témoin lorsque je réalisai des films pour la télévision dans des points chauds de la planète, mais ne pouvais rien en dire car elles servaient "la bonne cause"... Ma culpabilité de devoir me taire fait partie des raisons qui m'ont fait réfléchir à l'information et aux manipulations que nombre de puissants jugent indispensables... Un militaire ou un lobby industriel ne fonctionnent pas comme nous.
Enfin, l'exploitation de l'homme par l'homme ne peut être que le résultat d'une énorme manipulation médiatique. Sinon, les ouvriers, les exploités, les affamés voteraient contre ceux qui font de la plus-value sur leur dos. La question est simple. Dans ces sociétés dites démocratiques, pourquoi la plupart des individus votent-ils contre leurs intérêts ?
Ecrit par : Jean-no
> Dans ces sociétés dites démocratiques, pourquoi la plupart des individus votent-ils contre leurs intérêts ?
Il y a plein de raisons, parfois très bien étudiées par la psychologie sociale. Le plus évident, c'est le rapport à l'argent : la plupart des gens se sentent plus fortunés qu'ils ne le sont (et le disent) et, même quand ils ne sont objectivement pas riches, se projettent plus dans la fortune que dans la misère. Alors ils ont souvent tendance à voter pour ceux qui proposent des réductions d'impôts pour les plus riches, parce qu'ils préfèrent s'imaginer en pauvres petits riches que se projeter en pauvres pauvres, même quand ils le sont. Inversement, il y a de beaux cas de révolutionnaires prolétaristes dans la bourgeoisie, parce qu'eux aussi voient chez l'autre quelque chose qu'ils n'ont pas.
Il y a d'autres mécanismes en jeu, y compris la manipulation pure et dure (là il faut se reporter à "Propaganda", le livre cynique et naïf d'Edward Bernays, le neveu de Freud, à qui on doit un cancer du poumon sur deux car c'est lui qui a mis les femmes au tabac). Mais les médias n'expliquent pas tout, et quand bien même leur manipulation est souvent, à mon avis, inconsciente (c'est surprenant à quel point les gens des médias croient à ce qu'ils racontent par exemple).
99% de l'histoire humaine s'est faite à l'état animal, et il nous en reste beaucoup de choses. Par exemple le bruit du moteur d'une voiture italienne fait grimper en flèche le taux de testostérone (agressivité, vitalité, libido) des hommes comme des femmes. Est-ce que c'est parce que ça rappelle le cri de je ne sais quel fauve ? En tout cas ça explique sans doute que les gens deviennent facilement des micro-fascistes au volant :-) Une autre chose, on a découvert que les gens de droite réagissaient à la gestuelle qui accompagne le rythme des discours tandis que les gens de gauche réagissent à la gestuelle métaphorique. La politique est peut-être bien une bête affaire de neurologie.
C'est un sujet assez passionnant je trouve.
Ecrit par : jjb
Se méfier tout de même des théories qui justifieraient les pires exactions sous prétexte que c'est psychologique, culturel, génétique, neurologique, biologique, etc.
Si l'humain a beaucoup de points en commun avec les autres mammifères, voire avec toutes les cellules qui se reproduisent sexuellement, l'une de ses qualités (qui est aussi un défaut) est le pouvoir qu'il se donne à infléchir ces comportements supposément dictés par la nature.
À part cela, je ne partage pas ton analyse anti-marxiste emprunte de psychologie sociale. Et si les individus se croient ci ou ça, il se pourrait bien que cela leur soit dicté. Pour les pratiquer, et parfois au plus haut niveau, je crains que la naïveté des responsables des médias ne soit pas à la hauteur de leur arrogance à penser pour les autres. S'ils sont naïfs, c'est donc par inculture et arrogance, deux mamelles de notre société monstrueuse qui, allez savoir, en a peut-être plus qu'une paire, OGM aidant ;-)
Ecrit par : mc
Le plus difficile, le plus cruel, est de parvenir à penser qu'il n'y a pas "eux" et "nous" (je rejette cette idée du complot, très masculine, très œdipienne, très machination à deux balles — "moi, fiston le petit malin, je déballonne, je détraque la machine à papa"); que nous faisons partie du même monde, c'est à dire que ce monde nous est COMMUN (ordinaire, mais aussi communiste); que nous formons, malens volens, une communauté (humaine, mais pas que : faut voir plus loin); que sont aussi humains que "nous" les croyants absurdes ou fanatiques, les tenants du capitalisme-phase-extermination-et-destruction planétaire, les gobeurs de simulacres télévisuels, les adhérents, supporters, suiveurs de tout poil, ceux qui ont peur de penser, ceux qui s'interdisent de désirer, de rêver, ceux qui pratiquent l'automutilation cérébrale et sensorielle, ceux qui bétonnent l'enfer familial, etc.
Nous pensons différemment, nous essayons de vivre autrement, nous désirons autre chose qu'eux et surtout pas la répétition du MÊME, si implacablement mortifère, et pourtant nous faisons partie du même monde, leurs croyances de crétins (pléonasme), leurs modes de vie conformes, leur lent (accelerando) suicide consumériste, leurs vessies pleines de bière et leurs lanternes sourdes composent aussi notre monde, au jour le jour.
Nous ne sommes pas en-dehors de leur monde, ni eux en-dehors du nôtre, il n'y en a qu'un et c'est bien ça qui est difficile à vivre.
(Il n'y a pas de dehors au monde tel que la communauté humaine le fait exister, pas de deus ex machina, pas de machina, le monde est bordé par l'horizon de notre commune conscience)
Ecrit par : Jean-no
@mc: je suis plutôt d'accord. Lagardère, Trump, Soros et Bolloré sont venus au monde pour mourir un jour, ni plus ni moins que nous, ils peuvent croire ou faire croire qu'ils sont moins largués que les autres, comme on ne peut pas empêcher le pape de croire et de faire croire qu'il est l'antenne de dieu, mais au fond tout ce monde, tout ce monde y compris nous, est largué.
Bien sûr, tout le monde complote, tout le monde contrôle, tout le monde enferme, et toute personne qui possède quelque chose que les autres n'ont pas (argent, pouvoir, information) en profite comme il peut, mais au fond, il n'y a pas de vainqueur.
Ecrit par : jjb
Dis donc, Jean-no, il ne faudrait pas non plus exagérer.
Il y a tout de même 80% de la planète qui ne mange pas à sa faim et ce n'est pas une pose philosophique. 30000 mômes par jour qui en crèvent...
Il n'y a peut-être pas de vainqueurs, mais il y en a qui morflent plus que les autres, et j'y vois une sacrée différence.
Ecrit par : Jean-no
80%, 3000..., ce ne sont pas des poses philosophiques, ce sont des chiffres mathématiques.
Je sais bien qu'il y a des exploiteurs et des exploités (j'ai passé mon enfance à la fête de LO et autres où on m'expliquait ça par des jeux pédagogiques) et je ne vais pas te dire que ce n'est pas scandaleux, mais ils ne sont pas des Fantômas ou des des Docteur Cornélius pour autant, ces richissimes, ils ont l'air aussi couillons que n'importe qui dans leur yachts ou à Davos, ils font beaucoup d'efforts pour croire et laisser croire qu'ils maîtrisent la situation, mais ce n'est pas le cas, ils sont juste riches, leur capacité de nuisance est supérieure à la moyenne mais certainement pas totale.
Ecrit par : Jean-Jacques Birgé
En effet, pas totale ! Ce matin Siné Hebdo n°2 sous-titre sa une : "Ils sont grands parce que nous sommes à genoux (La Boëtie).
Il y a toujours l'espoir de renverser tout cela... Que ce ne soit pas toujours les mêmes... Pas de crimes impunis... Le minimum... Résistance active !
Oh, un détail : 30 000, pas 3000... C'est bien de le rappeler, régulièrement, en attendant que cela change ?
Ecrit par : Jean-no
Remplacer des bourreaux par d'autres, l'alternance, ça semble équitable mais finalement, ce seront toujours ceux qui ont le moins de scrupules et qui disposent du plus de pouvoir qui écrasent ceux qui ne jouent pas ce jeu (par choix ou pas). On est tous déjà condamnés à mort, faut-il vraiment commettre les crimes qui justifient cette condamnation ? Le bricolage, arranger ce qui ne fonctionne pas, améliorer les situations, participer au "contrat social", finalement, ça me semble plus rationnel que de vouloir pendre tous les méchants, car c'est un programme un peu sans fin.
Si la seule solution qu'on trouve à un problème est de pendre les responsables, ces derniers n'utiliseront leur pognon et leur pouvoir que pour se protéger, tout le monde y perd.
Mon beau-père vit sur une île de l'Adriatique où tout le monde est riche sauf lui. Ses voisins passent leur vie à ajouter des étages à leur maison, à acheter le plus grox 4x4, etc. Lui, il les appelle des clochards et ça les met en rogne parce qu'ils savent que c'est vrai, ils sont aliénés, paranos, ridicules, beaufs, ils vivaient bien mieux quand ils étaient de bêtes pêcheurs (c'est un endroit bizarre où tout le monde est ancien pêcheur et millionnaire).
Tiens je vais aller acheter Siné numéro 2. Plein de gens bien dans le premier, même si on ne voit pas trop où ça peut aller tout ça.
Ecrit par : jjb
Décidément, tu délires vite... Ton insistance à ne vouloir t'engager sur rien et à ménager la chèvre et le chou soulève des questions qui parfois me font peur. Me serais-je mal exprimé ? Des bourreaux ? Où ça ? Je parle souvent d'utopies nouvelles. J'essaie de redonner une perspective aux désespérés. Mais je n'ai jamais fait d'appel au sang...
Je sais bien que la dernière fois qu'il y a eu un appel d'offre (avant l'abolition de la peine de mort), 300 personnes se sont proposées pour le poste. Que sont devenus les 299 bonshommes qui n'ont pas été retenus ?
A part ça, j'aime beaucoup l'histoire de ton beau-père...
Ecrit par : Jean-no
Disons que je ne vois pas de renversement social un peu brusque qui se soit fait pacifiquement, voilà ce qui m'inquiète toujours.
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Mon beau-père est un excellent personnage - et un type assez droit et amusant. Il a passé son adolescence en prison (si j'ai compris il avait volé la solde d'un militaire) où il est devenu footballer pour lutter contre l'ennui. Il s'est enfui de Yougoslavie pour l'Italie puis pour la France où il a joué à Guingamp, au Racing Club et à l'Olympique de Marseille (mais à l'époque, la meilleure des trois équipes c'était Guingamp en fait). Ensuite il a eu un accident, fini le football, et depuis, il traine de bistrot en bistrot entre la France, l'Australie, Guam et la Croatie. Il a toujours des copains pour l'inviter et il fait des petits boulots à droite ou à gauche, il pêche le thon, il fait des grillades dans les restaurants ou il répare des chaudières. Il a hérité d'une belle maison mais il dort plutôt dans sa bagnole minuscule, une Yugo bleue canard. En fait il mène à peu près l'existence d'un chat.
Ecrit par : Karl Marx
Votre idée du bonheur ? La lutte.
Votre idée du malheur ? La soumission.