Traquenard sur la TSF


Sébastien Vidal et Laurent Sapir m'invitaient hier soir à parler des blogs dans leur émission sur TSF au Duc des Lombards. Le club de jazz appartient désormais au même propriétaire que TSF, actionnaire unique depuis la mort de Jean-François Bizot, et patron de Pierre et Vacances. J'ignorais que j'étais supposé servir de faire-valoir au journaliste Pierre Assouline, responsable du blog La République des Livres et auteur du récent bouquin Brèves de Blog. Les deux responsables de l'émission s'adressant essentiellement à leur collègue journaliste, au demeurant intéressant, j'étais obligé de lui couper de temps en temps la parole si je voulais en placer une, que ce soit sur le Blog des Allumés du Jazz que j'initiai il y a déjà un bail ou sur le mien, accessoirement. Le temps qui nous était imparti ne nous permettait, de toute manière, que d'exprimer quelques banalités pour les pratiquants en restant abscons pour les autres.
Lorsque Assouline aborda le calamiteux dialogue Houellebecq-BHL, j'arrivai tout de même à évoquer mon propre duo avec l'auteur des Particules élémentaires et du Sens du combat, CD qui ne s'est évidemment pas vendu comme sont supposés le faire les 110000 exemplaires mis en place par les services marketing de Grasset et Flammarion conjugués, et lui glissai un exemplaire de notre Établissement d'un ciel d'alternance paru en début d'année chez GRRR et distribué par Orkhêstra, à mon avis parmi ce que Michel a produit de meilleur, loin des provocations puériles qui ont fait son succès et oblitéré ses réelles qualités de poète.
La suite, sur le plus lu de tous les blogs littéraires ? Je crains que mon service marketing ne soit pas à la hauteur...

Ecrit par : Jean-no
Une fois j'ai été invité à un débat où RFI m'opposait (d'autorité, je ne suis pas tellement bagarreur ni dogmatique) à Pierre Assouline justement, au sujet de Wikipédia. Il était absolument contre, et comme j'y participe, j'étais censé être absolument pour.
J'ai trouvé Assouline très pro, il répétait tout le temps les mêmes choses, les mêmes mots, très simples et affectifs (irresponsabilité, ignorance, extrème-droite, révisionnisme, antisémitisme - tout ce qu'il voyait dans Wikipédia) et surtout le journaliste ne s'intéressait strictement pas à ce que je racontais (il me posait une question complètement débile ou à laquelle je venais de répondre et regardait ensuite en direction de la régie ou d'Assouline) - c'était sans doute mérité d'autant que je n'avais pas envie d'être là car mes interventions de ce genre sont toujours navrantes, mais ça n'est pas très poli, on n'appelle pas les gens des "invités" à ce compte-là, on parle de pigeons.
Personne n'a relevé une énormité dite par Assouline : il m'a dit, les yeux dans les yeux, que la vérité devait être une affaire de professionnels (entendre : de journalistes) et qu'un Journal comme Le Monde ne pouvait contenir ni erreur ni mensonge. Personnellement je trouve ça plus choquant que de savoir qu'un nazillon a réussi à faire tenir pendant deux minutes une mention bibliographique rance sur la page consacrée à l'affaire Dreyfus.
En sortant, l'interviewer a foncé sur Assouline : "si vous voyez untel, dites lui bien..." et là j'ai compris qu'Assouline était nettement plus haut placé dans la hiérarchie professionnelle, que personne n'avait participé à l'émission pour comprendre ou expliquer quoi que ce soit : Assouline faisait la campagne de pré-vente du livre dont il a signé la préface, l'interviewer cherchait de son côté à être bien vu d'un journaliste respecté et quand à moi je m'étais juste fait embobiner par l'assistante du journaliste.
Une fois dehors, j'ai discuté avec Assouline qui a complètement changé, qui s'est montré capable de comprendre et d'accepter ce que j'avais à raconter.
Bref, pour être pro à la radio, il faut baisser au maximum le niveau intellectuel du discours, refuser les opinions mesurées, même quand on est capable de mieux. Un peu navrant.

Ecrit par : jjb
C'est amusant, il y a beaucoup de points communs dans ton histoire avec ce que j'ai vécu hier soir.
J'ai l'habitude de la radio, mais c'est très difficile lorsque l'on a en face de soi des journalistes qui, s'ils ne sont pas mal intentionnés, sont du moins de "people" pris. De son côté, Assouline ne m'a pour ainsi dire jamais regardé de la demi-heure.
Il a en effet évoqué les dérives néo-nazis et insisté sur le côté professionnel de son travail, martelant, avec raison, que seuls resteront les plus forts, les plus pros, dont il fait partie évidemment, à l'image de tout ce qui se passe sur Internet en matière de e-commerce. Et il était en situation de promo de son livre alors que j'étais venu débattre librement sans n'avoir rien à défendre de particulier. Pour info, son livre rassemble des commentaires d'internautes sur ses articles.
Désagréable expérience d'où je suis sorti assez tendu, avec l'impression de m'être fait avoir, alors qu'en général je vis très bien les directs radiophoniques.

Ecrit par : Jean-no
Eh bien figure-toi que tu me rassures, du coup. Je me dis que ce n'est pas juste mon inaptitude à la radio qui a joué mais avant tout mon statut de non professionnel au milieu de gens qui étaient plutôt "entre eux". Je me rappelle aussi qu'Assouline ne m'a pas regardé du tout pendant le débat. Juste avant il m'avait donné un conseil de pro (et de bon sens sans doute) : ne surtout pas parler du sujet avant l'émission, sinon on n'a plus rien à se dire.

Ecrit par : Amaryllis
J'ai écouté cette émission et je confirme que je n'ai entendu que Pierre Assouline et très peu J-J Birgé. Je ne comprenais pas très bien ce que faisait P. Assouline dans cette émission consacrée à la musique et particulièrement au jazz. J'ai compris assez vite qu'il était là pour faire la pub de son livre. Je reste très frustrée de ne pas avoir entendu l'auteur de ce blog s'exprimer

Ecrit par : Ninh
Depuis le temps, Jean-Jacques.... tout de même... on sait tous à quel point la radio est formatée. On pense à tort qu'elle l'est moins que la télé, peut-être par romantisme ou nostalgie (ce que la radio nous a fait découvrir, le sons des voix, l'émotion d'entendre...) mais elle participe totalement au "spectacle diffus" qui lentement, jour après jour, nous aliène totalement.
On veut toujours croire aux interstices, qu'il sera possible d'y dire ou d'y montrer "autre chose". Peine perdue, le format même des émissions ne peut accueillir ce qui traîne au dehors de lui.

Ecrit par : Jean-no
@Ninh : je ne sais pas... Justement chez Nova/TSF on voit de temps en temps ressurgir un peu de "libre antenne" ou de quelque chose qui y ressemble. J'ai bon espoir que ça arrive enfin à la tv avec la tnt.
Et puis il y a toujours Radio Libertaire (qui n'émet pas assez loin pour moi malheureusement).

Ecrit par : jjb
Cher Ninh,
ces derniers temps j'ai eu la chance de travailler avec des personnes très bien intentionnées. Cela m'a fait baisser ma garde un instant ;-) Il m'arrive tout de même assez souvent de prêcher la bonne parole sur les ondes sans me faire rouler dans la farine, même si les émissions obéissent de plus en plus souvent aux lois du formatage.
Elle est loin l'époque où des responsables de France Musique confiaient plusieurs fois 3h15 de création à Un Drame Musical Instantané, et où j'assurais sur France Culture une émission quotidienne de 20h à 20h30 entièrement improvisée avec chaque soir un invité différent !
Aujourd'hui, je prends le temps du blog. Mon inébranlable indépendance s'y poursuit avec bonheur et dans le plaisir de vous savoir à l'écoute, menant vous-mêmes toutes vos routes vers le rhum des pirates...
Battons pavillon noir !

Ecrit par : Ninh
Jean-no, Radio Libertaire peut être écoutée en direct sur le web (ou en utilisant iTunes par exemple) : ecoutez.radio-libertaire....

Et pour faire le vieux schnock en réponse à Jean-Jacques : c'est sur France Musique que j'ai entendu pour la première fois la musique de Frank Zappa et c'est sur.... Europe 1 que j'ai entendu pour la première fois la musique d'Albert Marcoeur !

Ecrit par : Jean-no
@Ninh : juste après avoir posté je me suis dit "et s'ils avaient fini par se mettre sur le web ?" et effectivement, ils ont fini par s'y mettre !