Pour une véritable démocratie ?


Lorsque notre ami Thierry nous a raconté qu'il rentrait d'une réunion de médecins planchant sur un nouveau système d'évaluation, nous sommes immédiatement montés au créneau pour nous insurger contre ces méthodes de nivellement par le bas qui coincent tout dans des cases et excluent les pensées marginales. Mal nous en a pris. L'équipe du GIMROS (Groupe d'Innovations Médicales et de Recherches en Organisations de Santé) réunie autour des phénomènes de santé réfléchit justement à un contre-système qui remet en cause les pratiques usuelles ayant pour caractéristique de ne pas fonctionner correctement puisqu'elles filtrent les remarques iconoclastes qui s'avèrent souvent les issues de ce qui deviendra la nouvelle norme, mais toujours trop tard.
Au lieu de fonctionner à la majorité des voix, ce qui est le propre de toutes les associations et systèmes prétendument démocratiques, leur proposition consiste à prendre en compte les voix minoritaires, ne serait-elle qu'une et isolée, pour aussi fondamentale que celle du plus grand nombre. Il suffit ainsi d'une seule personne rétive ou dubitative pour interroger le groupe. Lorsque tout semble évident, comment se fait-il donc que l'un d'entre nous ne soit pas convaincu ? Le monde de la science, de l'art ou n'importe quelle organisation ont pu vérifier que ce qui semble fonctionner au premier abord sera démenti dans l'avenir ou que l'on perd souvent de nombreuses années pour ne pas avoir écouté une voix isolée, et par là-même étouffée par le nombre. Ils appellent ces résistances et ces doutes "les petits signes". Lorsque ceux-ci émergent, même s'ils semblent absurdes au reste des convives, tout le processus s'arrête pour essayer de comprendre. Il s'agit donc de faire la balance entre les recommandations et les inévitables normes, sans bloquer les processus.
En écoutant l'exposé de notre ami médecin que je rapporte ici tant bien que mal, j'entrevois une alternative au système dit démocratique qui ressemble le plus souvent à la loi du plus grand nombre, système catastrophique qui montre aujourd'hui ses limites. En qualifiant du même pouvoir les voix isolées, le système devient intelligent et pourrait ouvrir une nouvelle voie à ce que l'on a coutume d'appeler abusivement la démocratie. Cette réflexion souligne que chaque individu est différent et ne peut se conformer à un moule unique. On voit bien que dans le domaine de la santé un traitement qui fonctionne pour beaucoup n'est pas forcément efficace pour d'autres. Comment alors inventer un système qui ne soit pas uniforme et exclusif pour intégrer les particularités de chacun ? Chaque individu représentant lui-même un système unique et complexe, celui qui les rassemble ne pourra alors évidemment être réduit au plus petit dénominateur commun, mais se définira enfin dans toute sa complexité, non seulement en n'excluant aucune minorité, mais en s'enrichissant de toutes.

Ecrit par : Jean-no
Sur Wikipédia, le principe (par exemple pour décider si un article a vocation à être conservé ou non) est la recherche du consensus, c'est à dire que la discussion et le vote ont lieu en même temps et que les votes peuvent constamment être modifiés par les votants : on a le droit de changer d'avis.
Je ne sais pas si ça s'applique à tout... Le système fonctionne parfois très bien, parfois moins, sa faille est le côté facultatif des votes : ne vote que celui qui est intéressé ou informé (des dizaines de votations ont lieu chaque jour).

Ecrit par : Jean-no
Détail supplémentaire : les votes sont argumentés.

Ecrit par : daniel
A Jean-no: loin d'être un "détail", l'argument est essentiel. C'est lui qui alimente le débat, indispensable avant le vote. Pas de démocratie sans débat.

Ecrit par : Jean-no
Effectivement ce n'est pas un détail. Ce qui est intéressant dans ce système, c'est que le vote ne sert pas à faire un instantané de l'opinion mais il sert à échafauder cette opinion.

Ecrit par : thierry
Attention, le système de prise en compte des voix isolées ou très minoritaires est plus complexe que le vote pondéré simple ou la recherche de consensus.
On pourrait dire qu'il semble nécessaire de faire à la fois une "Négociation raisonnée de Harvard" pour préserver la relation et une " Abaque de Régnier" pour faire ressortir des "signaux faibles".
En tout cas je suis stupéfait et admiratif de la "plasticité" de l'esprit d'analyse de notre ami JJB. Il réussit la performance de saisir avec acuité un mode de réflexion d'une communauté professionnelle autre que la sienne et d'en tirer une règle générale profitable à chacun d'entre nous !! J'en conclue que les "signaux faibles" émis par les artistes devraient être pris en compte dans les grandes décisions de société. :-))