Dans la nuit des images, le son est un trou noir


Dans la nuit, des images "est une manifestation artistique consacrée aux arts visuels et numériques présentée en clôture de la Présidence française du Conseil de l'Union Européenne et de la saison culturelle européenne, par le Ministère de la Culture et de la Communication (Délégation aux arts plastiques) et par Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains dirigé par Alain Fleischer, directeur artistique de l'exposition." Tous les jours jusqu'au 31 décembre, de 17h à 1h du matin, la nef du Grand Palais abrite, dans une atmosphère glaciale et majestueuse, 140 œuvres d'artistes célèbres et jeunes gens issus du Fresnoy (entrée libre !). Sur les écrans plantés comme un champ de fleurs sauvages dans une grotte miraculeuse, vous y reconnaîtrez peut-être William Klein, Bob Wilson, Michael Snow, Chris Marker, Manoel de Oliveira, Samuel Becket, Christian Marclay, William Kentridge, Fischli et Weiss, Nam June Païk ou Bill Viola, mais l'impression générale domine et écrase l'ensemble des individualités. L'installation de Fleischer phagocyte les expressions de chacun comme un immense sampling chorégraphique, le grand mix n'étant que visuel tant le son n'a pas été pensé pour l'occasion. La France expose sa surdité. Que les œuvres projetées soient muettes ou sonores ne fait aucune différence, le brouhaha est à l'image de la mégalomanie nationale. Il aurait pourtant été intéressant de réfléchir la partition sonore de cette colossale chorégraphie, d'y consacrer ne serait-ce qu'une petite part du budget pour faire de ce tape-à-l'œil une symphonie, mais ici comme ailleurs le son reste le parent pauvre, le dispensable accessoire, la question escamotée.


Que cela ne vous empêche pas d'y faire un tour ! La façade du Grand Palais où Charles Sandison projette des mots issus de la Charte des Droits Fondamentaux de l'Union européenne sous le titre Manifesto : Proclamaćion Solemne est impressionnante, même si les mots perdent de leur sens. Le gigantisme du Data.tron (prototype) de Ryoji Ikeda échappe heureusement à l'écrasement. Le colloque "Vitesses Limites" cet après-midi et demain matin est certainement passionnant, puisqu'y participent Alain Badiou, Bernard Stiegler, Nicole Brenez, etc. Sont programmés des concerts, des projections, toute une panoplie d'évènements apte à camoufler une fin d'année qui annonce le début d'une crise grave que personne ne semble souhaiter évoquer. Vous en aurez plein les mirettes. Habillez-vous chaudement, oubliez vos oreilles, cherchez la découverte (son palais est de l'autre côté, sur la face obscure de l'édifice), c'est la fête !

Ecrit par : Jean-no
Petite rectification (qui rassurera les banlieusards comme moi), en fait ça ouvre à 17 heures.

Le son est une affaire toujours délicate, on ne peut pas le fuir et il est presque toujours gênant. Plus de cent oeuvres dans le Grand Palais, ça ne peut pas être autre chose qu'une foire au niveau auditif en tout cas, non ? Même des oeuvres bien pensées à ce niveau risquent de se télescoper de manière malheureuse et le lieu ne me semble pas le plus adapté à ce genre de travail...
En tout cas le générique est alléchant. Parmi les jeunes artistes il y a Éléonore Saintagnan, une demoiselle du Fresnoy à qui je prédis de l'avenir.

Ecrit par : jjb
Merci, Jean-no, j'ai rectifié les horaires.
Saintaignan, oui c'était chouette.
Quant au son, ben si, Jean-no, il y a des solutions et des personnes compétentes et pleines d'imagination pour s'y pencher.
M'écrire, je me transmettrai tous les messages.
A bon entendeur, salut !

Ecrit par : rouge vif
je confirme les soupçons de JJB :
je suis venu
j'ai rien vu
alors pas convaincu

Ecrit par : GM
Le son est en effet souvent, trop souvent, mal traité, maltraité, voire pas traité du tout.
Et pourtant, dans notre soif de multimé(r)dia, on s'obstine à en mettre partout, saupoudrage ou hégémonie, dans bien des cas, rien n'est franchement maîtrisé, ni même pensé en amont.
De plus, les scénographes ont souvent peur du son. A juste raison apparemment. Le son ne s'arrête pas derrière des cloisons, il s'expand, faisant fi des séparations physiques qu'on voudrait lui imposer. Ainsi, la cohabitation des œuvres sonores génère parfois des brouhahas, des magmas sonores aussi indicibles qu'exaspérants.
De plus, le désir de montrer beaucoup, toujours plus, nuit souvent au fait de bien montrer, et qui plus est de bien faire entendre. Encore faut-il pour cela prendre en considération le rôle du son dans l'œuvre, à la fois de la part de l'artiste, mais aussi de la part des commissaires et autres monstrateurs.
Le son est en effet presque toujours pensé comme un média isolé, sans relation avec l'environnement bâti, acoustique, avec les sources issues des œuvres, du public, et autres.
A quand des scénophonistes, des muséophonistes qui, à l'instar des muséographes ou scénographes prendront en compte le média sonore dans sa globalité ?
A quand des artistes qui traiteront le son d'égal à égal avec la réalisation visuelle, plastique, formelle ?
Mais, au-delà de mon côté moralisateur, pourfendeur, je dois bien reconnaître qu'il existe Dieu merci, nombre d'artistes qui travaillent le son , l'image, la forme, la mise en espace...de façon remarquables.
Et je dois admettre aussi que certains commissaires commencent à prendre en compte l'installation du son au sein des espaces de monstration. Mais là, il y a encore du travail à accomplir pour que l'oreille y trouve son compte !

Gilles Malatray
desartsonnants.over-blog....
desartssonnants.1forum.bi...

Ecrit par : jjb
Cher Gilles,

merci pour vos commentaires toujours pertinents.
Nous partageons de nombreux points d'écoute.
J'œuvre autant que je peux dans ce domaine, en transmettant également dans maintes écoles d'arts appliqués et de multimédia, mais l'appel aux spécialistes du son est hélas encore trop rare sous nos tropiques.
Lorsque l'on fait appel à nous c'est le plus souvent en fin de parcours alors que la réflexion du son devrait s'inscrire en amont.
Come vous le savez, j'ai eu la chance de collaborer parfois avec des scénographes conscients de son importance, comme avec Raymond Sarti pour de grandes expositions comme "Il était une fois la fête foraine" à la Grande Halle de La Villette, "Jours de cirque" au Grimaldi Forum à Monaco ou "The Extraordinary Museum" au Japon... Ou encore avec Michal Batory pour "Le siècle Métro"... Mais c'est si rare et dans d'autres domaines d'intervention comme le cinéma c'est toujours trop tard que l'on fait appel à nous.
Il faut faire passer le message : le son n'est pas une valeur ajoutée, c'est l'essence-même de tout projet audiovisuel, et plus sa présence pose problème plus elle mériterait de convoquer des spécialistes et des artistes qui se sont penchés sur la question et se battent au quotidien pour améliorer ces projets. Bon courage,
jjb