God bless America... Gott mit uns... God save the Queen... Allah Akbar...


Allumant l'auto-radio en revenant des courses, je tombe sur la fin du discours d'investiture de Barak Obama se terminant évidemment par "God bless America!". Ici, et dans une majorité de films américains jouant le rôle de service de communication du pays mieux que tous les plénipotentiaires, Dieu s'invite régulièrement sans qu'on l'y ait invité. L'institution l'impose, un point c'est tout.
Au XXIe siècle, comment peut-on continuer à diffuser de telles histoires à dormir debout et les donner pour véridiques ? Comment peut-on jurer sur la Bible de dire toute la vérité, rien que la vérité ? Les agnostiques apprécieront le paradoxe, s'il leur arrivait un jour de devoir se prêter à l'exercice ! L'exemple symbolique de l'État dicte sa loi à la population.
Chaque fois que Dieu est invoqué légalement nous avons du mouron à nous faire. On voit aujourd'hui les dégâts que génère la collusion de l'État et de la religion dans les pays obscurantistes et ségrégationnistes qui la brandisse, de l'Iran à Israël, des États-Unis au Pakistan.
Dans Le Mépris de Jean-Luc Godard, après avoir évoqué le combat d'Ulysse contre les dieux, le réalisateur Fritz Lang dans son propre rôle tente d'expliquer au producteur joué par Jack Palance que les dieux n'ont pas créé les hommes, mais que ce sont les hommes qui ont créé les dieux. Prokosh est une caricature des États-Unis, un enfant capricieux qui veut faire la loi et qui aime les dieux pour s'y identifier comme à des super-héros. Lang qui incarne toute la culture européenne commente ensuite un poème d'Hölderlin, insistant sur le fait "étrange, mais vrai" que ce n'est plus la présence de Dieu, mais son absence qui rassure l'homme.
Nous voilà bien rassurés !

Ecrit par : oli
C'est à dire que le plus intéressant s'est produit avant de revenir des courses!

Ecrit par : Jean-Jacques Birgé
Ce n'est pas grave. Le show est multi-diffusé. Je vais aller chercher le journal dans la boîte aux lettres et lire ce qui nous attend. Tout ce battage publicitaire me rappelle l'élection de Mitterrand en 1981. J'avais fait le rabat-joie en refusant d'aller danser à la Bastille avec les sociaux-démocrates qui se la jouaient 1789. Aucun regret. De même aujourd'hui, n'étant pas raciste, je ne m'intéresse qu'à la couleur politique du nouveau maître du monde qui, il peut être utile de le rappeler, était le candidat favori de la CIA. Les États-Unis ont choisi le meilleur casting pour pouvoir perpétuer leur politique hégémonique avec le soutien des téléspectateurs de la planète. Je ne peux pas être déçu par les rebondissements du scénario.

Ecrit par : jjb
La lecture du discours inaugural n'apporte pas grand chose. Rien de mémorable, mais une langue de bois bien chargée et quitte à lire entre les lignes, citons ça et là des phrases qui me font grimper au plafond :
- "Je remercie le président Bush pour le servie rendu à la nation et pour la générosité et la coopération dont il a fait preuve..." À quand sa parution devant un tribunal international pour crime contre l'humanité ?
- "Notre pays est en guerre contre un réseau de violence et de haine." J'ai sûrement raté un épisode de l'histoire américaine. Depuis plus d'un siècle, sa politique impérialiste était pacifiste, pacificatrice et je n'en ai rien su.
- "Notre économie est très affaiblie du fait de la cupidité et de l'irresponsabilité de certains..." Comme si c'était le fait de quelques uns et non les choix politiques de l'État !
- "... cette promesse donnée par Dieu que tous sont égaux, tous sont libres, etc." Il faut bien invoquer le Tout-Puissant pour faire une telle promesse. De toutes manières, le discours entier est un modèle de vacuité qui n'aura rien de mémorable, de l'avis même des commentateurs américains.
- "(Pour nous) ils ont colonisé l'Ouest..." Tant que le génocide indien ne sera pas reconnu, les Etats-Unis vivront sur ce crime impuni et perpétueront la même politique hégémonique le glaive à la main.
- "Nous restons la nation la plus prospère, la plus puissante sur terre." Méthode Coué ou affirmation de son désir ?
- ".. forger une paix bien gagnée en Afghanistan." En envoyant, pour commencer, 30 000 soldats de plus ?
- Obama a raison de terminer par "Que Dieu nous bénisse et bénisse les Etats-Unis." Il faut bien cela pour y croire. Tout cela n'est qu'une question de foi.
En définitive, après l'avoir relu deux fois, je n'avais pas vraiment raté grand chose.

Ecrit par : pol
La prière avant le discours du Président était pire encore. Mais Jean-Jacques, il ne faut pas sous estimer le mouvement de mobilisation du peuple. Édouard Glissant et Patrick Chamoisseau hier soir sur France 3 dans l'émission de Taddéi parlaient merveilleusement bien de ce que l'arrivée de Barak Hussein amenait. L'émotion est là tout de même, la fin du racisme ne peut laisser indifférent. Moi aussi je n'ai pas dansé à la Bastille. Mais Mitterrand pardonnes moi ce n'est rien en rapport avec l'événement d'hier.

Ecrit par : Jean-Jacques Birgé
Le symbole black n'est en effet pas à négliger. C'est énorme. Cela produit un immense plaisir, une grande émotion. Il y a forcément un effet difficilement quantifiable, particulièrement sur les populations noires de la planète. De quoi accouchera l'inconscient collectif ? De là à parler de la fin du racisme, là tu rêves. On va bien voir et si je me trompe je saurai faire amende honorable. Mais je crains que cet Obama ne produise un effet "Oncle Tom" sur les vrais enjeux politiques. Bravo pour le casting !

Ecrit par : Daniel
Si j'ai bien compris, c'est "Wait and see" ?
Ne pas aller danser à la Bastille était-il le bon choix?
Que peut-on espérer quand les plus lucides choisissent de se mettre hors jeux ?
Le silence quasi général des intellectuels face aux crimes de guerre et de paix ( y compris ceux des dieux ) est-il rassurant ?
Les choix sont souvent difficiles, mais l'absence de choix est irresponsable.

Ecrit par : Jean-Jacques Birgé
Bien d'accord, cher Daniel. Je n'ai jamais écrit nulle part "wait and see", mais continué à travailler à mon tout petit niveau pour changer ce fichu monde impossible. Chaque initiative compte. Tous les "intellectuels" ne sont pas muets, ni complices. Lire Žižek, Badiou, Onfray, Rancière, etc. ne peut pas faire de mal. Choisir entre blanc bonnet et bonnet blanc est un faux choix. Et changer la couleur du bonnet est un leurre. C'est le bonnet, sa fonction, qui est en question. Il existe d'autres voies auxquelles de plus en plus de monde travaille sans être dupe des manipulations, fausses joies, démobilisations, etc.

Ecrit par : pol
C'est certain que ne pas aller danser à la Bastille c'est juste une bonne analyse politique. Je persiste sur la fin du racisme, aux USA, au sens où c'est formidable et cela me suffit que ce Nègre dise que les USA est un pays de chrétiens, musulmans, juifs , hindous et athées. Il n'y a pas à bouder ce plaisir là ? C'est bien plus important que l'arrivée du PS au pouvoir....

Ecrit par : Jean-Jacques Birgé
Je faisais simplement une comparaison de rabat-joie, pas des enjeux. Quant à la fin du racisme, tu rêves complètement. Si j'en crois les camarades américains, cela reste le problème majeur des États-Unis. Il ne suffit pas d'élire Obama pour donner un coup de baguette magique. Promenons dans les bois et on verra si le loup y est pas !
Cela me rappelle mes deux voyages en Afrique du Sud avant et après Mandela. Les Noirs avaient été remplacés par les Pauvres, mais c'était évidemment les mêmes... Aux USA, le racisme ne sera plus un problème lorsque les conditions sociales des Noirs seront égales à celles des Blancs. Comprends-tu ainsi mon emballement modéré ?

Ecrit par : Ali
Qu'est-ce qui est le plus dommageable pour les Français : danser à la Bastille ou voter pour le PS ?

Ecrit par : rouge vif
C'est différent ?