Il y avait longtemps que je ne m'étais pas baigné dans les rouleaux. En plongeant dans l'écume je me fais masser le dos par la vague comme si je traversais un jacuzzi. Le courant nous entraîne à une vitesse surprenante. Une voiture de police laisse ses traces de pneus sur le sable en fonçant parmi les vacanciers allongés comme dans un film américain, elle est rapidement suivie par deux quads montés par des C.R.S. carapaçonnés Mad Max et par un véhicule de pompiers. Deux hélicoptères ferment le ban. Une nageuse aguerrie s'étant laissée déportée au large est hélitreuillée, saine et sauve.
Je me souviens de notre terrible expérience en Guadeloupe lorsqu'Elsa avait 11 ans. Depuis, elle n'aime plus beaucoup se baigner, ce qui m'attriste pour elle. C'est si bon de nager, de sentir l'eau vous entourer, de vivre dans cet état d'apesanteur humide. Tout était turquoise. Une lame de fond nous avait fauchés alors que nous avions pied. Elle nous avait désarticulés comme si nous n'étions plus que des marionnettes dont les fils ont cédé. Mes membres étaient mélangés, me transformant en monstre, ma tête avait heurté le fond, je ne savais plus si j'étais entier, où était le ciel, où était le fond, surtout j'avais fini par lâcher la main de ma fille et la pensée de la noyade m'avait assailli. Tout s'était passé très vite. Nous nous en sommes bien sortis, mais l'aventure avait été traumatisante. Une autre fois, dans les Landes, alors que j'étais jeune homme, j'avais eu beaucoup de mal à revenir. Je crois avoir acquis une certaine prudence, mais l'océan est traître. Dans la vie, il me semble que les accidents arrivent plus souvent aux experts qu'aux novices. Le désir d'aller plus loin pousse à prendre des risques, la connaissance du terrain fait baisser sa garde et la vigilance s'évanouit par habitude.
Nous nous sentons enfin en vacances. Le Cap Ferret est magnifique. Les oiseaux volètent parmi les pins. Le murmure incessant de l'océan forme un train infini (long, isn't it ?) qui passe au-delà des lotissements, petites villas hétéroclites parfois faites de bric et de broc. La maison de Florence est proche du cap, passé le phare. Nos pas dans le sable font un son étonnant, couït couït couït, pas faciles à enregistrer sous le vent.
Commentaires
Ecrit par : pol
Oui les lames de fond, ce n'est pas pour rien que cela fait métaphore. Dans le monde dans lequel on vit j'ai comme l'impression d'attendre celle qui nous sera fatale. Cela m'est arrivé plusieurs fois dans ma vie de me faire plaquer ainsi et je retrouve décrit par toi merveilleusement décrite mon impression (ah le plaisir d'écrire!). Quand j'avais 14 ans, la fille dont j'étais amoureux s'est noyée dans l'océan. En 2004, je me suis fâché avec ma petite amie de l'époque à cause de ma noyade ratée. J'avais expliqué à son fils de 10 ans qu'il ne fallait pas se baigner à un endroit, évidemment à marée montante, il a délibérément pris la direction du coin dangereux par provocation. Sa mère hystérique s'est mise à hurler. Tel don quichotte j'ai été le chercher lui s'en est très bien tiré et moi j'ai été plaqué au fond j'ai cru mourir. Je n'ai pas fait un tintamarre du diable parce qu'il y avait mes propres fils. Mais elle ne m'a jamais cru. Nous avons interrompu nos vacances deux trois jours après et nous avons rompu... Amusante histoire que je ne peux raconter sur mon propre blog.