Où sont passés les baigneurs, les vacanciers, les touristes ? La plage est immense, déserte, sublime. Sur des kilomètres de sable fin, il n'y a pas un chat. À peine quelques surfeurs isolés, ici et là un petit groupe d'adolescents perdus parmi les grains du sablier universel, un cerf-volant à chaque bout de l'horizon, un couple qui remonte la dune en se faisant masser les pieds à toutes petites enjambées...
Tandis qu'elle plonge dans l'écume, Florence croise des bars jouant à saute-mouton sur les vagues qui déferlent trop rapprochées pour que l'on ait le temps de nager. À l'approche du flot bouillonnant, intarissable monstre baveux, on tente le saut en hauteur pour franchir la première barre. On court, un peu, pas le temps, déjà une autre vague nous fonce dessus. On met les deux bras en avant, les mains jointes, espérant percer le mur qui s'avance comme le râteau imperturbable du croupier raflant la mise. Passé deux ou trois obstacles de cet acabit, on pense avoir trouvé un semblant de répit. Les murailles d'eau salée nous portent. Devenus bouchons, nous flottons sur leurs crêtes, nous laissant bercés. Jusqu'à ce qu'une vague trop impétueuse nous oblige à plonger en son sein pour ne pas qu'elle nous roule comme des petits bleus. Nous nageons à contre-courant pour ne pas nous laisser emporter trop loin. Encore qu'un baptême en hélicoptère soit sacrément tentant ! Les blockaus enfouis cachent parfois de dangereux fers à béton hérissés comme des herses maléfiques. Fatigués de lutter, nous nous laissons ramener vers la plage, une vague après l'autre. Près du bord, le danger se fait pressant. Le jacuzzi se transforme en mixeur. Comme à l'aller, on s'allonge en fusée, espérant que les lames ne nous transformeront pas en vilebrequin. On sort de l'eau rincé, nettoyé de la noirceur du monde, amnésiques. Une saine fatigue nous coupe les jambes. Le vent nous sèche en deux coups de cuillère à peau. Le soleil nous aveugle.
En nous retournant, nous sommes surpris d'être si peu nombreux à jouir du paysage merveilleux et des ressources que l'océan étale à nos pieds. Pour rien. Pour toujours. Allez savoir.
Commentaires
Ecrit par : pol
C'est la crise, tu ne savais pas? Moi je n'ai pas les moyens d'aller en vacances... Dés fois c'est un peu obscène tout se bonheur et cette béatitude? non?
bises
Ecrit par : jjb
Dans mes périodes de mouise et de déprime rien ne ravissait plus que le bonheur des autres, comme un monde possible, à portée de main. Un couple qui s'embrasse dans la rue, une fille qui fredonne, des enfants qui rient à gorge déployée... Mon romantisme à l'eau de rose m'a sauvé plus d'une fois. Non, le bonheur n'a rien d'obscène. Les exemples sont des mirages dont le pouvoir use et abuse, certes. Mais le malheur n'est certainement pas un privilège de classe non plus.
Quant aux vacances un aller-retour SNCF et des copains dans la nature, ça se trouve. Pour peu qu'on s'y prenne à l'avance ou au dernier moment... Cela revient souvent moins cher de ficher le camp que de rester, surtout quand on n'a pas de boulot et qu'on est dans la dèche.
Just with a little help from m'y friends ;-)
Ecrit par : pol
My dear
i love your answer
mais moi j'ai du travail et mon travail ne me permet pas de vivre ah ah...
Je suis d'accord avec toi
même pauvre j'aime bien regarder les gens heureux.
je ne parlais que de ton texte... où sont tous ces Français sans le sou... tu disais dans ton blog. si si je t'assure.
Ecrit par : pol
8 millions de Français sous le seuil de pauvreté.
"Plus inquiétant pour l’exécutif, le taux de pauvreté ne diminue plus, et ce quelle que soit la méthode de ¬calcul. Ainsi, le taux de pauvreté monétaire, établi à 50 % du niveau de vie médian, est stable depuis 2003, aux alentours de 7 %. Le seuil de pauvreté, établi à 60 % du revenu médian (et qui constitue désormais la référence dans les comparaisons internationales), soit 910 euros de niveau de vie mensuel, concernait 13,4 % de la population en 2007 (+ 0,3 point). Plus de 8 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté." (les Echos)
Ecrit par : Jean-Jacques Birgé
Cher pol, je n'ai pas écrit "sans le sou" ni mesestmé la crise. C'est méconnaitre le Cap Ferret et les 44ha peuplés presque exclusivement de richards pleins aux as. Je m'étonnais par contre de l'absence des vacanciers en général devant les vagues. La plupart préfèrent s'aglutiner que de profiter de la nature. C'est tout ! Il semble qu'evoquer les vacances suscite des réactions comme la tienne (voir le miroir de ce blog sur Facebook), qui n'auraient probablement pas existé les années précédentes. La crise est réelle, mais rien ne sert de tout ramener à elle, les crapules de patrons qui licencient à tours de bras et les mauvais payeurs qui n'honorent pas les contrats s'en servent suffisamment comme ça ;-) À part ça, merci de rappeler ces précisions peu réjouissantes...
Ecrit par : jjb
P.S. : nous rentrons à Paris après une semaine de vacances chez mon cousin et sa compagne qui possède une cabane idyllique dans un endroit de rêve et ce break a reconstruit ma force de travail (voir Karl M.), pas de quoi en faire tout un fromage ;-) même si l'occasion était trop belle :-)
bises
jjb
Ecrit par : pol
no offense i hope
Ecrit par : Jean-Jacques Birgé
Of course not! Neither did I, I hope ;-)
Ecrit par : pol
no problemo
Ecrit par : jjb
j'en rajouterai une couche demain matin, hé hé, car la plupart des lecteurs semblent ne pas lire les commentaires
et puis le blog possède un miroir sur FaceBook qui a suscité d'autres réactions ;-)
bises
Ecrit par : pol
un miroir sur facebook
miroir miroir....
throught the looking glass