Les Français croient toujours jouir d'un micro-climat. Probablement un reste d'indiscipline caractérisée, mâtinée d'un esprit de clocher typique. Pas d’égarement, le cadre est là pour rassurer. N'empêche que tomber sur ce brouillard épais et cette pluie fine incessante qui vous mouille jusqu'à l'os en pleine période estivale tient tout bonnement de la science-fiction ! Max avait marché, il avait marché longtemps jusqu'à ce sinistre carrefour. Si la nuit ne l'avait surpris en plein champ, il n'aurait rien eu à y faire. Mais il entendait des voix sans en déceler les enveloppes. On criait. On tirait. On chantait. Ce n’est pas le genre de la maison d'ajouter de la musique en toile de fond. Il trouverait bien une explication à tout ce mystère. Lorsqu'il ne comprenait pas une situation il disait simplement qu'il en aimait la poésie. Il ne croyait pas à la théorie du complot, ou plus exactement il pensait qu'il ne pouvait pas en être autrement, mais qu'il en faisait forcément partie, comme tout le monde. Il pressentait parfaitement que tous étaient mouillés jusqu'au cou. Son costume lui évite la baignade, mais sa barbe pèse une tonne. Il aurait besoin d’un coin sec pour l'essorer. À cette heure-ci, les habitants ont fermé leurs baraques à double-tour et ne répondent jamais à l'interphone. Oserait-il seulement sonner ? Sa tronche de sâdhu lui interdisait déjà d'être pris en stop par les âmes les plus charitables. Il lui faudrait des mois pour arriver à bon port, là où brille un autre soleil. Mais du soleil, en cet instant, il s'en fiche. Il a faim. En d'autres temps il aurait cueilli des herbes sauvages, mais là on patauge dans une boue collante et la purée de poix empêche d'avancer. Il finit par s'asseoir sous un arbre sans craindre la foudre. Lui reviennent les images fantastiques du film de Renoir, la course poursuite en automobiles, les trognes et le décor suppléant à la minceur de l'intrigue. Rien n'a beaucoup changé depuis 32, le racisme ordinaire, la guerre des classes, les petites magouilles, les grosses, plus souvent impunies. Il pense à la banque. Est-il plus malhonnête de faire un casse ou d'en créer une ? Il a fini par s'endormir. Quand on marche, on s'habitue à la sauter.
Commentaires
Ecrit par : Lintrus
Concernant Jean Renoir il y a quelques mois j'ai acheté un DVD de la Règle du Jeu dans la collection issue du journal Le Monde multi-titrée "Le Cinéma du Monde" - "Le Grand Film" - "Collection des Grands Cinéastes" (N°1, Série 11, 2007) glissé dans un très mince étuis cartonné, édition que je pensais très basique, loin d'un clinquant collector, par le fait très abordable puisque bien passée et présentée "au rabais" ... or ma surprise a été de trouver sur le DVD une seconde "version" du film non annoncée sur l'emballage mais emballante : la même version intégrale mais commentée sur toute sa durée, lequel commentaire "intégral conçu et dit par Olivier Curchod s'attache à cerner, dans le maelström visuel et sonore de La Règle du Jeu, la place et le rôle de chaque personnage dans la conduite de la dramaturgie. Il souhaite rendre d'aussi près que possible la conception des êtres et du monde qu'avait Renoir lorsqu'il réalisa son film".
Plus qu'un bonus, ce long commentaire éclairé et éclairant a le mérite de placer avec succès ce film terrien sur orbite, n'en déplaise aux lapins du passé et du futur. Je ne sais pas si d'autres DVD de la série du Monde contiennent ce genre de bonus.
Ecrit par : Jean-Jacques Birgé
En ce qui concerne "La règle du jeu", l'édition la plus extraordinaire reste évidemment pour moi celle de Criterion, mais c'est un dvd zone 1 (double), et nombre de bonus sont en anglais :
http://www.criteriondvd.com/item_info.php?item_id=232