La mémoire ne fonctionne pas à sens unique


Les souvenirs s'accumulent sur les étagères. Le tri éjecte les bibelots inutiles, mais préserve les amours. Les signes dramatiques côtoient les clins d'œil amusés, les livres que l'on ne relira plus étouffent ceux que l'on s'est juré de déguster un jour. Plus la mort s'approche, moins les anciens sont accessibles. Nous avons tous la fâcheuse tendance à remplir le vide. Chaque année nous ajoutons un nouveau chapitre, accumulant sans cesse jusqu'à saturation. Il faudra bien que ça pète !
La mémoire nous joue plus d'un tour. En discutant avec l'un de mes amis de ses goûts musicaux, je m'aperçois qu'il existe une différence majeure entre mes rejets et les siens. Ne s'est pas écoulée une minute que la musique française du XXème siècle le hérisse, idem avec n'importe quelle chanson ou tout air d'opéra quelle qu'en soit l'origine. Comme je justifie ma programmation par ce qui a donné naissance à ce qu'il affectionne, mon camarade me rétorque que l'on n'a pas besoin d'apprécier les origines pour aimer ce qui nous fait vibrer là maintenant. Certes, mais si aujourd'hui je me passe de Mozart ou Bellini, ce n'est pas faute de ne pas les avoir écoutés. Sans faillir ni défaillir j'ai suivi les livrets de centaines d'opéra, fait hurler les guitares électriques de toutes les intégrales, dansé à tous les jazz et rêvé sous toutes les latitudes pour être certain de mon chemin. Il n'est aucune sorte de musique dont je ne me sois pas repu aussi loin que je m'en souvienne et si une tribu était découverte sur quelque île du Pacifique j'y traînerais mes oreilles de gré ou de force. De quelle nécessité est née telle œuvre ? De quelle Histoire procède-t-elle ? Qu'en reste-t-il ? Ne pas connaître les joies du voyage dans le temps rend dangereux le périple. Il sera d'autant plus difficile de faire ses propres choix en connaissance de cause. Petit Poucet sans cailloux, la mémoire du monde s'éteindrait si l'on n'y prenait garde. Plus la vitesse et le produit Kleenex nous sont inoculés par l'industrie de la culture, plus nous perdons nos repères. Penser par soi-même exige que nous apprenions à nous servir de la boussole et du dictionnaire.
J'ai toujours pensé que le dégoût pour tel ou tel genre musical ne pouvait qu'être le fruit empoisonné de l'héritage familial. Il suffit que maman ou papa adore le musette pour vous en écœurer et tutti quanti... Tutti fruti met mieux l'eau à la bouche. Les goûts seraient alors affaire sociale tant qu'on n'y a pas goûté. Ainsi commande-t-on à l'enfant qui chigne qu'il n'aime pas ça sans ne jamais l'avoir porté à ses lèvres... Les œuvres exigent par contre souvent que l'on aille au bout, jusqu'à leur résolution. Sans cet effort la mémoire fait défaut et les dés sont pipés. Le plaisir se réduira avec le temps à une peau de chagrin. Nous ressasserons alors éternellement les ritournelles de notre adolescence sans entendre qu'autour le monde ne sonne plus pareil.

Ecrit par : mc
repu ! (dont je ne me sois pas repu). Tutti frutti, tutti frichti, l'important c'est de garder une grande place pour le désert, pour le silence qui vient, puisque tout arrive.

Ecrit par : Jean-Jacques Birgé
Merci mc, j'ai corrigé la faute. Ce n'était hélas pas la seule !

Ecrit par : ............
Ce dont vous parlez, Jean Jacques,ce matin
(Enfin,plutôt votre sujet d’HIER )
Me touche
Il s’agit de cet oubli des fondations
L’oubli de l’évolution
de la compréhension de l’articulation des choses qui font
que tout ce qu’on exprime aujourd’hui n’est pas né tout seul
Il n’y a pas de génération spontanée dans tout ce que l’être humain a exprimé
mais notre époque veut l’oublier
notre époque où on sample les choses d’un clic
ou on récupère ces échantillons
sans avoir envie de savoir ce qui a permis leur éclosion
(ou alors il s’agit juste savoir sans chercher à connaître
sans comprendre)
avant qu’elles parviennent jusqu’à nous
Dans ce catalogue que les nouveaux medias nous offre,il n’y a qu’à se servir
Et certains nous disent que, puisque c’est l’avenir qui se profile(le meilleur des mondes)
l’avenir a forcément raison
La nouveauté c’est la vie qui avance
et les nouveaux espaces qui apparaissent
modifient notre perception du monde(enfin,la catastrophe planétaire viendra peut-être arrêter le processus,le rouiller,nous faire régresser, l’épuisement des ressources viendra peut-être dissoudre les mémoires stockées et revenir à un espace-temps humain si humain..et en disant cela je vois une image prémonitoire de « 2001 odyssée de l’espace »…)
Il faut couper les cordons,certes,mais tout de même, on a été nourris,consciemment ou inconsciemment. (et on ne veut surtout pas le savoir ???)
Et tout ce que l’homme a pu produire jusque à aujourd’hui nous aide à comprendre ce qui se passe aujourd’hui et nous permet de faire un formidable voyage dans le temps, et d’y faire des rencontres aussi,avec des hommes et des femmes qui ont vécu avant nous…
Mais si la perception du monde change, celle du temps,de l’espace celle de l’homme change avec.
.Et il s’agit peut-être de ne plus s’embarrasser de mémoire
puisque nos mémoires seront stockées ailleurs que dans nos cerveaux
Ce dont vous parlez ce matin, a quelque chose à voir avec la mort de la curiosité comme une initiation
et avec la consommation ; ce qu’elle qu’on nous propose :l’OFFRE
Internet est comme un supermarché
où on peut faire des découvertes stimulantes
selon les gondoles qu’on visite
mais on peut aussi jouir des effets
jouir vite
et passer d’une chose à une autre
en restant à la surface des choses
et c’est sans doute ça l’avenir
l’oubli des profondeurs
mais aussi
de ce qui pèse
parfois
Beaucoup de ce qui a précédé une création disparaît sous l’effet qu’elle produit
et notre époque est sensible à l’effet immédiat
Votre interlocuteur fait table rase
Sans comprendre qu’on ne construit pas sur du vent
Ou peut-être a-t-il raison dans sa vision d’un monde futur ou justement on construira sur du vent
Ou tout sera éparpillé
Fragmenté
Et pas empilé,articulé avec maillons qui s’enchaînent
Mais il refuse aussi d’essayer de comprendre
Et d’être touché
Par ce qui lui paraît dépassé
Il n’en a pas besoin
Et sans doute, il est en phase avec son époque
Et aussi il me semble qu’ une matière,un medium,une technique nouveaux engendrent des formes d’expression particulières
Mais les unes ne chassent pas forcément les autres
tant qu’il y a encore des raisons
de tout essayer
et d’être curieux
de ressentir aussi
d’être confrontés
à des univers originaux, uniques
avant d’être découpés en morceaux
fragmentés
et d’ oublier les origines
et aussi
Ce qui m’a frappée en vous lisant dans un autre blog, ce sont vos doutes après votre succès(l’opéra des lapins)
Oui, l’effet ludique et hypnotique emballe le spectateur,alors qu’en créant, vous avez au fur et à mesure découvert un SENS à ce que vous faisiez
Un sens qui échappe au spectateur avide d’effet
Avide de jouir
Plus que de comprendre vos intentions d’artiste
Et vos doutes disaient « on fait autre chose que ça,il faut y revenir»
Parce que vous étiez conscient de l’effet produit
Et que l’effet est immédiat
Le jeu, ce qui est ludique aussi produit de l’effet
Des sensations
L’effet ne cherche pas plus loin
Que le plaisir(ou son contraire)
et
Tout n’est pas bon à prendre dans le passé
Il y a des choses convenues et rassies
Mais pourquoi rejeter dans l’oubli ce qui était vivant,unique, riche, et qui a permis l’expression artistique d’aujourd’hui
L’expression contemporaine
Tout ce qui fait partie du passé a été contemporain
Oui, j’ai la même «  humeur » que vous aujourd’hui