Pierre Boulez n'en démord pas


Sur une idée initiale du physicien Pierre-Gilles de Gennes et avec le soutien du sociologue Pierre Bourdieu et du biologiste Jacques Glowinski, le réalisateur Ramdane Issaad a filmé une série d'entretiens avec des membres illustres du Collège de France (Editions Montparnasse). Les quatre premiers DVD sont consacrés au généticien François Jacob, à la philologue Jacqueline de Romilly, à Pierre-Gilles de Gennes et à Pierre Boulez. Je n'ai regardé que celui consacré au compositeur et chef d'orchestre qui, en 53 minutes, évoque sa vie professionnelle selon le principe de la série, mais il ne peut aborder décemment son intimité qu'il protège derrière une pirouette sur l'absence de vie de famille. Quelques rares photographies illustrent les propos découpés en chapitres. C'est très sage, entendre un peu trop radiophonique à mon goût. Ce genre de documents audiovisuels manque cruellement d'une vision cinématographique pour me combler, même si c'est la loi du genre.
Malgré les questions insidieuses de Ramdane Issaad, Boulez ne fait que répéter son absence de perspectives en dehors de son propre chemin sacerdotal. Lorsque le réalisateur le titille sur le jazz, il laisse le compositeur critiquer l'aspect non définitif de l'improvisation, "basée sur des idées reçues, sur des idées transmises... des clichés", sans pointer que la même chose pourrait être avancée sur son sérialisme emprunté à Schönberg. Idem avec la musique électroacoustique taxée de bricolage et manque de rigueur alors qu'il laissa l'IRCAM s'enferrer avec la 4X. Il reproche le manque d'interprétation de cette musique enregistrée, mais on ne lui connaît pas de partitions qui laissent aussi peu de liberté aux interprètes. Le reste de l'entretien survole la création de l'IRCAM en 1968, l'influence de ses origines mathématiques, avec en coda la rencontre organisée avec Foucault, Barthes et Deleuze auquel il rend hommage pour son concept de temps strié et de temps lisse dans Mille plateaux.
Abordant un domaine musical dont je suis familier, j'ai eu certainement tort de commencer par le musicien officiel de la Vème République. Connaissant très mal leurs œuvres, écouter Jacob parler de génétique moléculaire, de Romilly de la Grèce antique ou de Gennes de l'invention de l'écran à quartz m'auraient laissé plus libre d'apprécier leur apport...

Ecrit par : Jacques O.
Comme tout "phénomène" institutionnel, PB a eu beaucoup d'effets néfastes sur la vie musicale française.
En France, on continue d'ignorer les apports de Cage, Feldman, Tenney, Wolf, LaMonte Young, Lucier, Xenakis, Radigue, etc...

Ecrit par : Jean-Jacques Birgé
... Ferrari, Eloy, Mâche, Nancarrow, Partch, Ives, Cowell, Zappa... Tous les compositeurs et compositrices qui ont choisi d'autres voies de la création que la filière académique, en particulier celles issues du jazz et les nouvelles européennes. De la part des Américains, cela s'explique très bien puisqu'ils ont décidé de s'affranchir de la boutade tragique du maître Schönberg lorsque celui-ci déclara : "J'assure la suprématie de la musique allemande pour un siècle". Les uns l'ont cru, les autres pas ! Boulez est un compositeur très banal, mais un grand chef d'orchestre analytique, enfin par pour tout... Son "Points de repère" (ed. Chistian Bourgois, Le Seuil) est très intéressant. L'institution IRCAM a surtout tué dans l'œuf nombre de studios de recherche en trustant tous les subsides dédiés à la musique contemporaine. Le monopolisme centralisateur à la française est une catastrophe pour les arts. Heureusement, les indépendants ont la peau dure... Mais la vie moins facile !

Ecrit par : Ramdane ISSAAD
Merci à Jean Jacques Birgé d'avoir noté ma question "perfide" à Pierre BOULEZ sur le jazz et l'improvisation, je constate une fois de plus que les anciens de SARAJEVO n'ont rien perdu de leur acuité et de leur pertinence.
Amicalement.