Déclarer ses œuvres à la Sacem est un passage désagréable quand on en a écrit des tripotées. J'ai l'impression de faire des lignes comme lorsque nous étions punis en classe. J'ai mal au dos à hurler, je n'arrive plus à tenir un stylo, je n'ai qu'une idée, passer à autre chose. Il est pourtant indispensable de déposer les œuvres écrites pour les films présentés à l'exposition Révélations au Petit Palais. Il ne s'agit pas seulement de perception, mais également de protection. On a connu des escrocs qui déposaient une chanson, ou même seulement le titre, avant que son auteur l'ait fait alors qu'il l'avait évoqué par exemple à la radio. Ensuite, ça se plaide, ça se négocie, ça se prouve, mais que d'ennuis pouvant être évités ! La répartition est le moment le plus agréable, parce qu'en général on ne s'y attend pas, même si elle tombe à dates fixes.
J'ai l'habitude d'attaquer les sociétés d'auteurs de l'intérieur et de les défendre à l'extérieur. Les plus intéressés à les voir s'affaiblir sont les industriels et les majors qui voudraient bien s'en débarrasser. J'ai acheté ma maison avec mes droits d'auteur, c'est dire si j'y suis attaché. J'ai participé plusieurs fois aux modifications des statuts (statut d'improvisateur de jazz, signature collective, dépôt sur support enregistré), joué les conseillers pour les nouvelles technologies (sans succès puisque les trois sociétés d'auteurs auxquelles j'appartiens se sont fourvoyées avec Hadopi et que je n'ai jamais réussi à toucher ce qui m'était dû pour tous les CD-Roms dont j'ai composé la musique). Je me souviens aussi que le responsable de la répartition d'alors m'expliqua que "l'on ne dépense pas des francs pour toucher des sous". J'ai écrit plusieurs articles sur le sujet, mais il est temps que j'aille m'allonger...
Heureusement, Antoine et moi partons ce matin pour Bruxelles présenter Nabaz'mob à l'ICT 2010 (Information and Communication Technologies) dans les Galeries Royales St Hubert. Nous serons en bonne compagnie puisque seront également présents Reactable et les Belges de Lab[au]. Cela me changera les idées.
Commentaires
Ecrit par : pol
Et bien toi tu t'achètes une maison avec des droits d'auteur, et les autres avec des timbres de collection... Je me demande bien avec quoi je pourrais m'acheter une chambre de bonne. La loi est mal faite... Les musiciens touchent bien plus que les auteurs de films. Et le droit d'auteur va bientôt disparaître... Des fortunes, des profits existent n'ont pas à cause du travail, mais à cause de loi plus ou moins juste, plus ou moins crapuleuse. Personnellement je me réjouis que tu es pu t'acheter une maison. En chine tu serais un jour exproprier, sans indemnité, ce serait la loi. Je commence à désespérer de l'avenir, profitons du moment. Je crois que tu n'aurais pas du écrire ce billet comme cela...
Ecrit par : jjb
Cher POL,
je ne m'attendais pas à produire chez toi tant d'amertume. Attaquer les droits d'auteur me semble toujours maladroit. Ne faudrait-il pas mieux nous battre pour que d'autres créateurs bénéficient des mêmes protections ? Avantages acquis ? Certes. Je marchais aussi pour les retraites alors que la mienne sera plus dérisoire encore que celle des techniciens du film, à tel point que devrai travailler jusqu'à ce que mort s'en suive. Je suis le premier de ma famille à avoir eu accès à la propriété. Un film qui paie sur les 200 dont j'ai fait la musique n'est pas une question de chance. J'ai fait des choix, préférant me priver ailleurs pour acquérir mon indépendance. Car je pratique un métier honéreux. Lorsque nous sommes payés pareil, je dois déduire mes instruments de travail (instruments et surtout le studio qui fait grandement partie de ce que j'ai gagné avec mes droits d'auteur). Les compositeurs ne sont souvent payés que comme cela. Pas de salaire, pas d'Assedic, etc. A parte, j'ai également payé les autres musiciens de ma poche. J'ai donc aussi choisi de me priver de certaines dépenses pour avoir une maison où je peux faire du bruit. Combien de musiciens sont dans l'impossibilité d'exercer leur art ou leur métier parce que le voisinage l'interdit ? Je te cite quelques faits souvent oubliés par les détracteurs des droits d'auteur comme nombreuses personnes fustigent les intermittents du spectacle dont nous faisons partie, toi et moi. C'est la manière de gérer ma vie qui m'a permis d'acquérir ma pseudo liberté, ni un héritage, ni un privilège, mais seulement mon travail, acharné comme tu le sais. Je te raconte tout cela parce qu'en effet nous sommes lus et personne ne doit se méprendre sur nos intentions et les sacrifices qu'elles impliquent pour que nos rêves se transforment en miracles. Enfin, sans rentrer dans le détail, je ne crois pas que je vais pouvoir vivre avec les droits de nos films, le revenu sera dérisoire. Nous reparlerons encore de toutes les injustices qui émaillent la vie des artistes, comme par exemple la hiérarchie dans une équipe, musique ou cinéma, ou la manière de nous comporter vis à vis de nos commanditaires. Tout est lié. Mais pour l'instant c'est toi qui me doit un resto ;-)
Salut et fraternité,
jjb sans me relire, sur un banc de la Gare du Nord
Ecrit par : pol
J'aime bien quand je te pique au vif... À relire mon mot je comprends ton émoi... et moi et moi aussi, je n'aurais pas de retraite etc... Mais bon, mon mot était maladroit je m'attaquais aux timbres pas aux droits d'auteur. d'autant que le copyright gagne.