À fleur de peau


Se regarder dans la glace est un exercice de gymnastique qui peut s'avérer pénible si l'on possède plusieurs visages. On préférera alors un miroir à trois faces permettant de choisir son meilleur profil. Dans cette perspective jeter un coup d'œil aux deux autres rendra plus douloureux encore leurs regards critiques et réprobateurs. Faire front est la seule attitude offrant la certitude du confort sur le long terme, quels que soient les assauts rencontrés. S'il arrive que l'on se sente morveux, on se mouchera. Les entorses à la conduite que l'on se sera fixée dessinent des rides seyantes si l'on sait les soigner avec le temps, tandis que les cicatrices s'effaceront d'autant plus difficilement que l'on refusera d'admettre ses responsabilités. La culpabilité est toujours tournée vers le passé et ne présente aucun avantage. La responsabilité permet d'envisager l'avenir avec des yeux neufs. Le choix semble évident, mais il effraie. On sait ce qu'on a, rien de ce que l'on inventera. Je veux pouvoir me regarder dans une glace sans regret. L'armoire à pharmacie est située à hauteur d'homme, d'homme debout. Ne jamais plier l'échine devant l'adversité. Les déménagements sont propices au ménage de printemps. Le vide crée l'appel d'air. L'indépendance est seul garante des vraies rencontres. Parmi celles et ceux qui ont choisi de refuser l'exploitation de l'homme par l'homme, l'injustice des lois, le mensonge des pleutres, les pis aller, je ne connais que des gens heureux. Il m'est arrivé d'aller trop vite, de ruer dans les brancards, de ne pas savoir attendre, d'oublier de lâcher du mou avant de tirer d'un coup sec, de manquer d'humilité, mais je veux résister toujours face à l'absurdité du pouvoir et des systèmes formateurs, au gâchis qu'ils engendrent, fut-ce au prix d'abréger mon passage. La résistance est un devoir, sa récompense est un sourire que l'on apprendra à partager. Je n'ai jamais avancé seul, même quand il n'y avait personne ou que je l'ai cru dans un moment de faiblesse. Le travail consiste à accepter les travers de celles et ceux que nous aimons. On ne change personne d'autre que soi-même. Sur ce, je vais me donner un coup de rasoir.

Ecrit par : Rasbaille
Encore une fois un texte qui met la patate. Thanks.

Ecrit par : jjb
Avec la crève que je me trimbale depuis une semaine, mes antennes sont un peu rabougries.
Je pensais bien que tu reconnaîtrais la chemise. J'ai grandi ou la température de lavage était trop chaude, mais elle est toujours aussi belle. Je montrais à Françoise les détails comme le plissé des poignets ou du dos, les boutons pression nacrés, les losanges sous les bras...
Merci pour hier et pour aujourd'hui.

Ecrit par : mc
... mais attention à tes antennes ! Cette pudique impudeur qui est la tienne, je l'aime bien, elle parle pour moi, pour nous, aussi. Et je suis émue de revoir la chemise que je t'ai cousue il y a plus de 20 ans, quelle fidélité !