Une dent contre


C'est rageant, mais le criminel peut continuer à sévir tranquille. J'ai oublié son nom et il y a prescription car l'affaire remonte à une trentaine d'années. En plein mois d'août, je tombe sur un os en mâchant un steak dans un restaurant de la rue de l'Espérance. L'éclat pointu explose une de mes prémolaires supérieures. Mon dentiste étant évidemment en vacances je cherche un praticien dans l'annuaire qui ne soit pas trop loin de chez moi. Le dandy antipathique au possible qui m'opère me répare cela en deux coups de cuillère à pot, soit deux rendez-vous vite fait mal fait, puisque je me retrouverai quelque temps plus tard avec un sérieux abcès. Mon dentiste, dont le bronzage aura disparu entre temps, m'explique que son confrère a mal obstrué le canal et s'occupe donc de régler la crise de Panama. Les années passent en caries et implants sans lien avec le délit jusqu'à ce que Sonia me rapporte de chez le boulanger d'à côté un de ses moelleux palmiers dont il a le secret. Saperlipopette, m'écriai-je, un caillou sous mon palmier, la boulangère, elle exagère, "et cependant la boulangère tous les sept ans change de peau, tous les sept ans, elle exagère" (nouvelle citation extraite du drame surréaliste de Guillaume Apollinaire, Les mamelles de Tirésias, mis en musique par Francis Poulenc) ! Mais non, c'est une dent. Je mets du temps à comprendre. Et une des miennes, par dessus le marché ! Me revoilà parti chez le père Noël, mon dentiste depuis dix ans, pour reboucher le trou incommodant. Tandis que je suis allongé sur son fauteuil, il m'annonce un peu gêné qu'il ne faut pas que je m'affole puisque cela a tenu depuis si longtemps, mais un dentiste a laissé un outil dans ma mâchoire. Regardez, me dit-il, en me montrant la radio instantanée sur son écran d'ordinateur, on voit très bien la lime cassée. Encore heureux que les portiques anti-métaux ne sonnent pas aux frontières ! Rien à faire, qu'elle y reste ! Il faut maintenant construire un inlay sur les décombres. Qui des deux précédents chirurgiens n'a pas eu le courage de me raconter son geste maladroit ? Était-ce le boucher du mois d'août ou le fils du peintre qui avait obstrué le canal infecté ? On ne le saura jamais. Je fabrique tellement d'os, mes exostoses mandibulaires mériteraient à elles seules une thèse scientifique voire un stand forain, que j'ai intégré le métal à ma mâchoire de carnassier. Ce n'est pas pour rien que mon label s'appelle GRRR !

Ecrit par : pol
Tu vois depuis que tu m'expliques je l'ai vu... Les dentistes, ils peuvent te mettre un micro, une puce RFID quand ils veulent alors?

Ecrit par : pol
C'est terrible, cette histoire mais je ne la vois pas la lime?

Ecrit par : jjb
Tu as raison, sur la photo que j'ai faite sans enfourcher mes lunettes, on ne peut pas distinguer la lime très fine le long du canal de la dent tombée à cause du moirage de l'écran et du manque de point. Moi je la devine, parce que je sais où elle est. C'est un segment épais comme un fil à droite de la racine de gauche, comme un affluent. Comme chantait Bernard Vitet : " T'as la lime ? T'as la lame ? T'as la lime ? T'as là l'âme ?..."

Ecrit par : HS
Tiens m'est arrivé la même histoire il y a un mois, mais moi c'est une jolie chignole en spirale que je me trimbale depuis 20 ou 30 ans.
Mais ça ne swingue pas si bien, t'as la chignole, t'as la chigne à l'âme...

Ecrit par : jjb
C'est peut-être le même bellâtre. Il était vers chez toi, dans la 12ème.

Ecrit par : jjb
Et si on t'endort, la puce on te la colle n'importe où ;-)