Revision


Voilà plusieurs jours que j'ai décidé d'écrire un billet sur le fait que je dors très peu. M'endormant facilement à bout de fatigue et étant trop heureux de me réveiller, j'émets des doutes sérieux sur ce qui se trame dans mon inconscient. Alors que je viens de trouver le titre de mon billet, Sans sommeil, je découvre que j'ai abordé le sujet le 31 janvier 2007 et que je lui ai même attribué ce titre-là !
Jouant aux dix films à emporter sur une île déserte avec Jonathan, je fais une recherche dans mon Blog, et vlan, L'ile déserte sort du chapeau à la date du 18 mai 2007. Je ne m'étais alors autorisé que des films publiés en DVD. La donne a changé. Ma cinémathèque a considérablement augmenté. Aujourd'hui, comme nos listes sont trop longues, nous choisissons seulement des films que nous pourrions revoir quel que soit le moment, là, à l'instant.
Dans le désordre, comme ils me viennent, je sélectionne :
Muriel (Alain Resnais) qui était déjà le premier de ma liste précédente et dont j'ai affublé ma fille en second prénom à son grand dam
La nuit du chasseur (Charles Laughton), film orphelin que Carlotta vient de ressortir au cinéma
Adieu Philippine (Jacques Rozier) dont je connais tous les dialogues par cœur
Johnny Guitare (Nicholas Ray), idem
L'âge d'or (Luis Buñuel) puisqu'il faut bien n'en choisir qu'un
Faust (F.W.Murnau) d'autant que le Drame en avait composé une partition complète et que nous ne l'avons jamais joué
Le testament du Dr Mabuse (Fritz Lang) comme M qui forme dyptique avec lui
Le testament d'Orphée (Jean Cocteau), son dernier film résume toute son œuvre
Anathan (Josef von Sternberg), un autre dernier film, en japonais, commenté par l'auteur
La grande illusion (Jean Renoir) pour ne pas prendre La règle du jeu que Jonathan emporte déjà !
Les demoiselles de Rochefort (Jacques Demy), mais c'eut pu être Les parapluies ou Une chambre en ville
Uccellacci e uccellini (Pier Paolo Pasolini) aussi bien que La ricotta
Histoire(s) du cinéma (Jean-Luc Godard), pirouette élargissant fabuleusement le champ
Cela fait déjà 14 et tous ceux ou celles qui se prêtent à l'exercice trichent en ajoutant qu'ils ont laissé de côté tel ou tel, comme moi Les petites marguerites (Vera Chytilova), Un chant d'amour (Jean Genet), La rue de la honte (Mizoguchi Kenji), Vertigo (Alfred Hitchcock), Mon oncle (Jacques Tati), Le guépard (Lucchino Visconti), Gertrude (Carl T.Dreyer), Persona (Ingmar Bergman), La glace à trois faces (Jean Epstein), A Movie (Bruce Conner), The Peeping Tom (Michael Powell), Hellzapoppin (H.C. Potter), La route parallèle (Ferdinand Khittl), L'homme à la caméra (Dziga Vertov), La face cachée de la lune, que je ne pourrais pas forcément regarder là, tout de suite, sans réfléchir. J'ai carrément oublié Welles, Pasolini, Dreyer, Moullet, Vigo, Bresson, Ophüls, Fuller, Chaplin, Keaton, Fassbinder, Oshima, Varda, Marker, Jacques Tourneur, Lynch, Pelechian, faute de n'avoir pas su choisir... Ni documentaires ni animations, ni ceux de Françoise ou les miens, ni courts-métrages... Le pari est stupide.
Aussi subjectif que moi, Jonathan Buchsbaum sélectionne Muriel et L'âge d'or comme moi, mais ajoute La règle du jeu, Dead Man, Citizen Kane, Satantango, La terre tremble, M le maudit, Les mémoires du sous-développement, Point Blank, Le samouraï, L'éclipse et bien d'autres, parce que nous trichons définitivement tous ! Jonathan, qui m'a suggéré Hell in the Pacific de John Boorman pour illustrer notre île déserte, propose que la prochaine fois nous nommions dix films des vingt dernières années en espérant qu'on arrivera à dix...
L'exercice est un peu vain, mais il peut fournir des pistes. Les choix, forcément subjectifs, renvoient à l'histoire de chacun. Le cinéma a tout à voir avec le souvenir et le fantasme, l'identification à des histoires vécues et les perspectives que l'on se donne encore. Dans ma liste je note tout de même que la mémoire et le testament se complètent, que l'on peut toujours tourner la page et renaître, que tous mes chouchous sont des vecteurs tirant leurs sources dans le passé pour mieux affronter l'avenir et qu'ils incarnent tous une lutte contre la mort. Ce qui me ramène à mon interrogation initiale sur les raisons de ma veille. Le cinéma m'empêcherait de m'endormir, donc de mourir, mais c'est la musique qui me réveille, un merle en particulier, me rassurant chaque matin que je suis toujours en vie.

Ecrit par : Jean
Allez je me risque : dix films mémorisés - comme ils sortent de la pensée - et vus au cinéma de ces 20 dernières années :

- Of Time and the City de Terence Davies
- Essential Killing de Jerzy Skolimowski
- Dead Man de Jim Jarmusch
- L'illusioniste de Sylvain Chomet
- Les Chats Persans de Bahman Ghobadi
- Notre histoire de Jean-Luc Godard
- À bas bruit de Judith Abitbol
- Grace of My Heart d'Allison Anders
- Cabeza de Vaca de Nicolás Echevarría
- Même la pluie d'Icíar Bollaín
- Looking for Eric de Ken Loach (oups ça fait 11)

Ecrit par : jjb
Merci pour ces pistes !

Ecrit par : Mark Jacobson
To Jonathan Buchsbaum :

Your list cannot really be your list because I know you change it every day.
Understand that desert island films not the same as "best" should really be ones you can see over and over because you have a lot of time to kill as for Jean-Jacques, some comments:
Muriel. Need 20 years on DI to really grok pic. Is it really better than Hiroshima or Last Year? Maybe not but more inscrutable.
Night of Hunter. Great choice. This movie is brutally underrated at least in US and has strong rewatchability.
Johnny Guitar. A spectacular film but how many times can you watch it? Not my favorite Ray pic. Like Wind Across Everglades and In A Lonely Place more.
The Rozier film I don't know.
L' Age: can't argue with that.
Faust I haven't seen but that is a very reliable story line
Mabuse: another kinky great choice. Metropolis has more stuff in it for sure, but this is one of most resonant political films
Cocteau movie is terrific, but with him you need an edited reel of the good stuff from all the pics because
there are lots of things that fall flat.
Picking Anathan seems like a particularly perverse French thing.
Love the Demy pic. But would take Bandwagon over that.
Birds and Sparrows is the best of the Pasolini movies for me. I could watch it a lot.
In the end the key thing for this listamaniac category is how much can you watch film before you get sick of it. In that zone don't see how you leave out episodic
stuff like Kane. I can watch Welles movies over and over again. The good Kubricks stand up to repeated viewing.

Ecrit par : jjb
Traduction du commentaire de Mark Jacobson :
Ta liste ne peut pas l'être vraiment parce que je sais que tu en changes tous les jours !
Comprenons que les films à emporter sur une île déserte devraient être vraiment ceux que l'on peut voir et revoir parce que tu as du temps à tuer comme Jean-Jacques. D'où commentaires :
Muriel. Besoin d'au moins 20 ans pour... Est-il vraiment meilleur qu'Hiroshima ou Marienbad ? Peut-être pas, mais moins cernable.
La nuit du chasseur. Parfait. Ce film est cruellement sous-estimé aux USA et peut vraiment se revoir.
Johnny Guitar. Un film spectaculaire, mais combien de fois peut-on le revoir ? Pas mon préféré de Ray. Je préfère La forêt interdite et In A Lonely Place.
Je ne connais pas le film de Rozier.
L'Age d'or: rien à ajouter.
Faust: pas vu, mais bonne presse.
Mabuse: encore un choix tordu. Metropolis est plus costaud, mais les résonances politiques sont plus fortes.
Le film de Cocteau est formidable, mais avec lui on a besoin d'un montage des meilleurs moments de tous ses films parce qu'il y a pas mal de choses qui tombent à plat.
Sélectionner Anathan semble un truc pervers particulièrement français.
J'adore le film de Demy. Mais j'aurais préféré Bandwagon.
Uccellacci e uccellini est le meilleur Pasolini à mes yeux. Je pourrais le voir souvent.
Enfin la clef de ce machin d'obsessionnel est combien de fois on peut regarder un film avant que cela vous rende malade. Dans cette perspective comment se passer de Citizen Kane. Je peux voir les films de Welles sans ne jamais me lasser. Les bons Kubrick supportent la répétition.