J'étais parti acheter un cadeau pour l'anniversaire d'un ami au Souffle Continu, mon magasin de disques parisien préféré. Un groupe de rock jouait live dans la boutique saturée de spectateurs. Je me suis faufilé jusqu'à la caisse en ajoutant pour moi le DVD des Lost Broadcasts de Captain Beefheart and His Magic Band. Depuis quelques jours je le joue sur l'écran du salon que je n'allume presque jamais. Click Clack, Golden Birdies, Steal Softly Thru The Snow et surtout trois versions de I'm Gonna Booglerize You Baby, enregistrés le 12 avril 1972 par la télévision allemande qui n'en avait diffusé qu'un titre. Trois jours plus tard j'assistais médusé au concert du Bataclan, sans que soient révélés les noms réels des musiciens qui portent tous des pseudonymes.

Captain Beefheart (Don Van Vliet) chante, souffle dans l'harmonica et le soprano, Rockette Morton (Mark Boston) alterne guitare et basse, Zoot Horn Rollo (Bill Harkleroad) et Winged Eel Fingerling (Elliot Ingber) jouent de la guitare, Orejon (Roy Estrada) est à la basse et Ed Marimba (Art Tripp) à la batterie. Je connaissais pourtant bien les trois derniers pour avoir fait partie des Mothers of Invention de son vieil ami Frank Zappa. Lorsqu'il m'arrive d'arpenter le territoire du rock, c'est exactement l'ambiance dont je cherche à m'approcher, particulièrement la rythmique, sorte de contretemps bègue comme si on retenait les bras qui tiennent les baguettes. J'imite d'ailleurs Morton en grattant ma cythare inanga comme un malade, c'est la seule fois où j'ai vu un bassiste jouer ainsi, en méchants accords. Un peu court (moins d'une demi-heure), ce DVD est une perle rare car il existe peu de films avec Beefheart.
Commentaires
Ecrit par : robert
"I'm Gonna Booglerize You Baby" est certainement le morceau qui m'a fait aimer Beefheart et qui m'électrise encore aujourd'hui. Pourtant c'était pas gagné au début, un peu comme Albert Ayler (toute proportion gardée), mais à chaque fois, malgré les grimaces, j'y revenais comme aimanté par la galette jusqu'au clic clac final. Il faut dire que sur mon double cd (je faisais avec les moyens du bord ayant sauté la case vinyle), arrivé en fin de course, les grands yeux de vénus me faisaient un effet bœuf (sans compter le lancinant "Her eyes are a blue..."). Pourtant c'est drôle, moi qui aime beaucoup ces deux albums, j'ai ouï dire que chez les amateurs du Captain, les deux étaient un peu déconsidérés, surtout chez les inconditionnels de Trout. J'avoue que j'aime beaucoup cette veine, un peu plus mélodique, comme celle des trois derniers albums. Il y a aussi un petit live sur le DVD récemment édité par l'INA de Chorus, l'émission de A de Caunes, où le Capitaine, un peu vieilli et amaigri, mais toujours en grande voix, fait de curieuses mimiques (il y a aussi de belles vidéos de Magazine et des Undertones). Ah-la-la, voir le Cpt en live, ça me laisse bien rêveur. Soniques salutations!