Le Modèle Standard de Masse


Suis-je seul dans l'univers à vouer un culte à Francis Masse ?
Suis-je seul dans l'univers à vouer un culte ?
Suis-je seul dans l'univers ?
Suis-je seul ?
Suis-je ?
Gloups !

Les matheux s'en donneront à cœur joie, les poètes s'envoleront vers les étoiles, les amateurs de BD en auront pour leur compte et tous finiront par se marrer. En déménageant de Grenoble vers l'Hérault, Francis Masse a fait exploser le carcan de la bande dessinée, il a construit, sculpté, sérigraphié et le voici de retour avec un nouveau concept, le dessin d'humour scientifique ! Sur chaque page, un dessin, une légende (en français et en anglais !), presque un modèle standard... Les mots compliqués pour les rétifs à la théorie de la relativité sont en italiques et clairement expliqués dans un petit glossaire à la fin de l'ouvrage. Car le Modèle Standard avec des capitales renvoie à la physique des particules. Fan de ses courts métrages hirsutes où Albrecht Dürer croise le flaire avec Luis Buñuel je retrouve en une seule vignette la profondeur philosophique de ses sagas d'aimant ciel, s'appuyant toujours sur le réel d'après-demain, sorte de surréel spéculatif où l'humour ne se moque jamais de la science, bien au contraire, mais la souligne en allégories loufoques sans entamer la rigueur de l'analyse. Si les équations vous rebutent vous pourrez toujours apprécier l'adéquation entre les superbes images à la plume et au pinceau et les évocations quantiques et cosmologiques de ce bel ouvrage de 112 pages édité par Le Chant des Muses. Et Masse de conclure dans sa préface : « Maintenant, il est trop tard, le trou noir (de chine) nous absorbe… Accrochez-vous au pinceau, dans ces pages, les échelles se dérobent… »

Ecrit par : robert
Cher JJB, Nani, j'en suis.

Je suis un grand admirateur des délires graphiques du bonhomme avec ses gravures aux croisillons malmenés. J'ai découvert Masse avec "l'art Attentat", un pur hasard et ça et là, via quelques fonds de médiathèques (ses livres ne circulant plus énormément) son encyclopédie, les deux du balcons, la mare au canard... Certaines de ses bds me rebutent un peu quand le délire mouline sur la longueur (on m'appelle l'avalanche) mais son travail est vraiment d'une originalité très singulière ou comment dit-on déjà...idiosyncratique! Heureusement, ses livres commencent à être réédités et j'ai hâte de m'engloutir dans celui-ci. Je lis sur le lien Wiki qu'il aurait fait des films d'anim'. Je vais fouiner un peu dans l'espoir d'en voir.

Autre sujet, sachant que vous êtes un fin amateur de cinéma italien (entre autres), je voulais vous faire part de la vision du dernier Marco Bellochio, "la belle endormie", qui sortira en avril prochain. Le film fait au écho au (sinistre) film de Haneke, "Amour" (cela n'engage que moi), puisqu'il est question d'un cas d'euthanasie MAIS permise par l'institution, celui d'Eluana Englaro, une jeune italienne tombée dans un long coma végétatif après un accident de voiture. Le père, après des années de lutte administrative et juridique, obtient le droit que l’hôpital arrête l'alimentation artificielle grâce à la cours de cassation de Milan. Mais le vatican s'en mêle et la droite berlusconnienne tente de faire voter un contre-décret en urgence pour annuler ce droit. L'affaire suscite alors un véritable tollé et un affrontement aussi hystérique qu'idéologique qui va partager le pays. Le film narre cette course contre la montre avec d'une part les sénateurs qui s'affairent à Rome pour faire voter le décret en urgence et d'autre part les affrontements des militants des deux camps qui font le siège de l’hôpital durant les derniers jours de vie d'Eluana. Le sujet et l'ambition du film sont passionnants, mais le résultat est très mitigé car Bellochio fait un compromis de mise en scène assez déroutant malgré quelques beaux moments et une direction d'acteurs assez irréprochable. Le film adopte tour à tour une allure de sitcom avec péripéties sentimentales et familiales, une volonté de documentaire, ou glisse sur un terrain plus fantastique, entre la fable caustique et l'allégorie, articulant ces grands écarts stylistiques comme autant des contrepieds un rien systématiques. Assurément un film passionnant par les enjeux qu'ils suscite et la forme hybride que Bellochio expérimente avec une certaine virtuosité formelle, mais aussi un film qui déçoit amplement par l'artificialité de son symbolisme (chacun destin se veut une répercussion à l'échelle intime du conflit qui déchire l'italie) et par des effets de casting discutables (une parade de trop belles gueules et de stars). On en reparlera peut-être?

Salutations!