Tempête dans un verre d'eau


Pardonnez-moi, j'aurais préféré évoquer quelque sujet rieur, mais écrire ouvertement à un cuistre m'évite de m'énerver ;-) L'occasion donc de remettre quelques pendules à l'heure et redresser la barre ! Pour celles ou ceux que le sujet intéresse, après moult échanges par mails et FaceBook avec certains rédacteurs et musiciens, je réponds ci-dessous à Alexandre Pierrepont, capitaine de l'ouvrage Polyfree, la jazzoshère, et ailleurs (1970-2015) qui m'envoie ce courriel suite à mon article d'hier :
"Quand je pense
... que tu es cité pages 203 et 210 de "Polyfree" - mais omis dans l'index (oubli/erreur, et non complot), c'était bien la peine de ce billet d'humeur écrit à la va-vite alors que tu n'as même pas encore lu le livre! Mais c'est la loi de notre époque: la vitesse de communication, la vitesse de réaction...
J'espère que Zusaan Kali Fasteau, Jean-Marc Montera, Guillermo Gregorio et Tomasz Stanko, ou les ayant droit de Jimmy Lyons et de Terry Day, par exemple, tous plus ou moins oubliés dans un livre qui n'est ni un inventaire, ni un palmarès, mais veut suggérer et souligner qu'il y a mille chemins parallèles à prendre... ne nous feront pas subir le même sort.
Un membre du tout «petit duo »

Je lui réponds donc :

Cher Alexandre,

la citation est la moindre des choses, mais l'index d'un livre comme celui-ci est aussi important que les crédits sur la pochette d'un disque. L'omettre m'a toujours paru une insulte grave, que ce soit volontaire ou pas. Qui en assumera ici la responsabilité alors que le DRAME est en caps dans le texte de Xavier Prévost ? Des capitales, fait assez rare dans l'ouvrage pourtant ! Si le responsable éditorial ou celui en charge de l'index avait fait son travail correctement la focalisation sur ma présence n'aurait pas occulté le principal qui ne se résume pas à un renvoi pages 203 et 210. Il faut bien lire que ce sont les chapitres sur Jazz et musiques contemporaines : le continent négligé. Une brève histoire de relations de Ludovic Florin (on croit rêver en lisant ce titre !) et Jazz et musiques électroniques de Marc Chemillier qui ont provoqué ma réaction. Aussi injuste, ma propre lecture de Tendances hexagonales à l'orée de nouveaux écarts de Xavier Prévost à qui je dois des excuses pour l'avoir lu en diagonale.

Faire amende honorable n'est pas ton style. Ta réaction méprisante (les mails qui ont suivi) jette un doute terrible sur l'entreprise. Argumenter te demanderait un travail supplémentaire non rétribué. C'est pourtant bien ce manque que je pointai dans mon article d'hier. Faire écrire trente contributeurs en affichant ton nom en gros sur la couverture est une méthode qui a fait ses preuves parmi certains plumitifs déjà signalés dans cette colonne. Arrogance et inculture vont toujours de paire, surtout chez des journalistes qui n'ont pas connu l'époque dont ils parlent, mais s'érigent en donneurs de leçons. La longue liste des artistes qui en ont fait les frais en atteste, hélas pas seulement dans la "jazzosphère". Le storytelling est propre à la transmission de l'Histoire, raison pour laquelle il n'est pas question de laisser aux seuls universitaires le soin de la conter. Voici un extrait de la réclame en 4e de couverture : "ouvrage polyphonique & récit pluriel qui commence là où d'autres s'arrêtent ou s'enlisent/stop/histoire contemporaine de la libre jazzosphère, travelling panoramique sur les années 1970-2015/stop/phases, mouvements & personnalités représentatifs, initiateurs, catalyseurs de transitions entre l'histoire monumentale & l'infini des actualités/stop/bon pour une mémoire d'attaque intégrant les étapes récentes à ses perspectives/stop/ (...) Toute la profondeur esthétique, sociale & politique de leurs directions, orientations & désorientations/stop/très important, ça, la désorientation/stop/ etc." On en mangerait sauf que c'est faux et mensonger, plein de trous tant il aurait mieux fallu, comme le font d'autres, s'excuser des oublis et des lacunes... Je regrette amèrement que l'ami Philippe Carles soit indirectement associé à cette mascarade, car ce genre de faux échange n'eut pu se produire du temps où il était aux commandes de la revue Jazz Magazine, époque regrettée par tant de musiciens.

Je doute d'être celui de nous deux qui travaille à la va-vite. J'ai eu l'honnêteté d'écrire que je n'avais pas encore lu votre compilation, mais que je m'y mettais dare-dare, ce que je fais depuis, avec un intérêt inégal selon les sujets et leurs auteurs évidemment. Je n'ai heureusement jamais imaginé de complot comme tu voudrais le faire croire, mais constaté l'ignorance de rédacteurs qui reproduisent scolairement ce qui leur a été transmis, sans travail sérieux d'investigation. Penser par soi-même demande un autre effort. Ce qui m'a le plus choqué est mon absence de certains articles traitant de directions musicales dont je fus, du moins en France, l'un des initiateurs. Idem pour le Drame. Et là, pas question de vitesse, mais de travail. Si j'exerçais mon métier comme nombreux de ceux qui écrivent dessus ou sont susceptibles de le faire, ils n'auraient rien à écrire.

Ta réponse cavalière montre seulement ta méconnaissance de l'histoire. Il est vrai que je suis tricard à Jazz Mag depuis maintenant quinze ans et que cela n'arrange pas forcément mes affaires. Refus d'annoncer le moindre de mes concerts comme les 70 albums inédits en ligne sur drame.org, décision délibérée de la rédaction en chef qui exerce son petit pouvoir revanchard. Personne ne moufte, les musiciens craignent la presse alors que c'est nous qui la faisons vivre.

Quant aux oubliés, et non des moindres (j'en cite quelques un/e/s dans mon article d'hier), je comprends leur déception, leur courroux ou leur mépris. Écrire sur Internet permet au moins de corriger les omissions et erreurs que je ne manque pas de produire, comme tout le monde. Mais dans ce cas je ne cherche pas à me justifier et je m'en excuse platement.

Je t'encourage donc vivement à profiter des séances de rattrapage indiquées en bas de mon article d'hier pour constater l'étendue de ton incurie.J'ajoute que, si tu regardes la une de Mediapart, le chapeau fait référence exclusivement à l'ouvrage et non à mes états d'âme. Tu aurais pu apprécier l'élégance du geste, et je rappelle également que cette petite mise au point fait parler du bouquin, tous les artistes sachant qu'il n'y a que cela qui compte, peu importe qu'on l'encense ou l'assassine.