L'urticaire


Mon point de vue n'a pas beaucoup changé depuis cet article du 13 janvier 2010. Mon statut professionnel me permet simplement de faire encore plus attention et de sélectionner avec soin les projets sur lesquels je m'investis corps et âme. Le genre de situation que j'évoquais ci-dessous est devenu rare. Mon mépris pour ceux qui abusent de leur pouvoir désuet, alors qu'ils n'existent que grâce au travail acharné des artistes, ressemble à celui de JLG lorsqu'en 1987 il se moquait des "professionnels de la profession" ! Les amateurs, dont l'étymologie vient du verbe aimer, sont d'autant plus précieux, et je leur offre mon amour en retour.


Certains clients me donnent des boutons. Mais heureusement, comme beaucoup d'autres choses sur Internet, ils sont virtuels. Pas les clients, mais les boutons ! Je n'accepte pas de me donner un mal de chien pour bien faire mon travail, en temps et en heure, et qu'en retour il faille me battre pour être payé. Envoyer le chèque comme convenu est le travail que j'exige de mon interlocuteur contractuel. Il n'a que cela à faire ! La mauvaise foi est plus souvent de rigueur. Exemple, si ma facture n'est pas tout à fait conforme à ce que le client attend, au lieu de me le signaler pour que je lui en renvoie une illico en bonne et due forme, il bloque le paiement jusqu'à ce que je m'inquiète de n'avoir rien reçu. Si je ne suis pas en permanence sur le coup, je risque fort de payer les conséquences de leur défaillance, souvent intentionnelle, alors que ce n'est plus mon rôle, mais le leur...
Un comptable doit honorer les engagements et non faire de la rétention. Ailleurs, que penser d'un journaliste qui recopie paresseusement le dossier de presse ou parle d'un évènement sans se déplacer, d'un partenaire institutionnel qui se limite à jouer les guichets sans aller voir l'œuvre qu'il a soutenue, d'un programmateur qui se contente d'engager uniquement les artistes que l'on voit dans tous les autres festivals, d'un régisseur qui ne s'assure pas qu'il possède tous les éléments de la fiche technique, voire d'un agent qui perçoit en douce des surcommissions sans en avertir les artistes qu'il représente, etc. Je me dis souvent que si nous faisions notre travail comme ils font le leur, leurs critiques ou le résultat des courses seraient autrement plus brutaux que leurs verdicts à l'emporte-pièce. Être exigent avec soi-même pousse forcément à l'être avec tous ceux avec qui nous faisons affaire, surtout si leur tâche est largement moins complexe et moins risquée que celle des artistes qui se mouillent corps et âme dans leurs créations.
Il existe heureusement des partenaires honnêtes et consciencieux, des clients intelligents qui vous donnent des ailes en vous faisant confiance, des chefs de projet qui vous protègent, des collaborateurs enthousiastes qui vous donnent envie de toujours mieux faire, des journalistes en verve, des êtres humains redorant l'adjectif qui nous affuble. Ils sont un baume qui adoucit les peines et calme l'inquiétude propre à nos métiers. Plus j'avance et plus j'arrive à travailler exclusivement avec celles et ceux que j'appelle "les gentils", mais la vigilance reste un combat de tous les jours... Certaines chimères sécrètent des poisons qui transforment les rêves en cauchemars.