Pas d'album en ligne cette fois-ci. Je remplace la musique par des photos. Nos invités ont filmé certains passages, mais il aurait fallu monter tout cela, et je ne peux me contenter d'à peu-près alors que les enregistrements audio habituels sont superbes. Mon exigence cinématographique me renverra au souvenir. Souvenir d'une après-midi exceptionnelle, le premier véritable jour de l'été. Tout le monde était forcément de bonne humeur. On a même dû distribuer des chapeaux à cause du soleil. Il n'y a jamais eu autant de monde à mes Apéro Labo. Le jardin est évidemment plus spacieux que le studio où se tiendront les prochaines séances, le 8 septembre avec la violoniste Fabiana Striffler et un/e autre invité/e, le 13 octobre avec la clarinettiste Hélène Duret et le pianiste Alexandre Saada. Nous avions disséminé des fauteuils confortables partout où c'était possible. Toutes les places étaient bonnes, question de point de vue, et à l'entr'acte j'ai suggéré que nos invités échangent leurs sièges. C'était drôle, on aurait dit le jeu des chaises musicales. Le beau temps justifiait donc que mes acolytes soient cette fois deux danseurs de contact-improvisation, Didier Silhol et Cléo Laigret...
Je leur avais aménagé la terrasse ainsi qu'un couloir en L qui leur permettait d'évoluer au milieu du public. De mon côté, ou plutôt de mes côtés, j'avais disposé des instruments à des endroits variés. J'avais caché tout un matériel de percussion dans la cabine du sauna, posé le guide-chant et l'ampli sans fil du Tenori-on sur le compost, installé la shahi-baaja à la fenêtre du studio, je pouvais m'assoir sur l'ampli où était branché le Terra ou jouer en aveugle avec les synthés du studio. Et puis le grand rhombe, la flûte, la trompette à anche, les percussions, etcétéra me permettaient d'évoluer aux côtés des danseurs.
Didier Silhol est un ami de quarante ans. Nous ne nous produisons pas souvent ensemble, mais c'est toujours un immense plaisir de confronter les improvisations musicale et chorégraphique. Il faut bien dire que le "contact" s'accommode de tous les espaces comme je me sens à l'aise dans toutes les situations, tant que le rendu sonore est à la mesure de mes élucubrations.
Comme je demande chaque fois aux spectateurs de choisir les sujets ou titres de nos pièces, je leur ai imposé le thème du jardin. Nous avons ainsi eu droit à Arrosoir, Chevelu (comme le palmier), Brindilles, Tracteur, Coquelicot, Bûche et Radis.
Après une heure trente de spectacle nous, tous et toutes, nous sommes retrouvés devant le buffet. Didier avait préparé du tarama, Cléo un tartare d'algues et de l'houmous, et moi un caviar d'aubergine dont la couleur verte était donnée par l'importance du persil. Nos invités avaient également apporté de délicieuses victuailles que nous avons arrosé de vin rouge, vin blanc, bière, morito, jus de pomme et eau, parce que l'eau c'est très bon aussi, en tout cas moi j'adore ça autant que les alcools.
Comme à chaque Apéro Labo la convivialité est maîtresse. Nous jouons comme si nous étions en famille. De même que chaque jour je cherche à reproduire l'émotion de mes quinze ans lorsque seule la passion nous guidait, de même je souhaite communiquer à mes invités cette joie de vivre que le métier, les habitudes, les conventions, les nécessités ont tendance à nous faire oublier.
Photos de Dominique Greussay, Martin Meissonnier, Christiane Louis, Sonia Cruchon