On vit généralement dans un petit monde. Dans les fêtes nous rencontrons presque toujours des connaissances et de nouvelles têtes, dans mon cas particulièrement si l'on est parisien ou assimilé dans un milieu aux accointances avec l'art ou la culture. Il est également courant de s'y trouver des amis communs. Je me suis récemment aperçu que j'étais aussi étonné que l'on me reconnaisse ou que l'on ignore tout de mon travail. Plus je m'éloigne de chez moi, plus l'étonnement est grand par exemple face aux musiciens qui savent qui je suis, et, dans le même temps, plus il est logique que je n'existe pas. C'est toujours délicat, pour moi comme pour mon interlocuteur, de devoir expliquer pourquoi ! Il me semble néanmoins que nous avons affaire à deux sortes de personnes, les curieux qui aiment remonter aux sources, fussent-elles anciennes ou actuelles, et celles et ceux qui se contentent du présent. Toute projection sur l'avenir m'apparaît pourtant intimement liée au passé. Par exemple, lorsque je croise des musiciens ignorant l'histoire de Bernard Vitet ou l'apport de notre groupe Un Drame Musical instantané à la composition instantanée appelée couramment improvisation, à la création collective, au ciné-concert, à l'introduction des nouvelles technologies, je suis surpris et forcément un peu déçu. La même chose quand il s'agit de mon propre nom, puisque voilà une vingtaine d'années que je signe en tant que tel, que ce soient mes disques, mes films, mes œuvres interactives ou mes articles. Si l'underground dans lequel j'évolue bénéficie d'une couverture médiatique bien supérieure à son rayonnement réel, il est compréhensible que l'on me retrouve en bonne place parmi les "rockers maudits et grands prêtres du son" croqués dans la bande dessinée de Le Gouëfflec & Moog ou dans les recueils de Philippe Robert, de l'Australien Ian Thompson ou de l'Anglais Alan Freeman. Encore faut-il s'intéresser à ce qui vous a amené là où vous êtes ! J'ai l'habitude de remonter le fil pour sortir du labyrinthe. Tout le monde ne partage pas cette interrogation qui me permet encore aujourd'hui d'avancer sans me contenter du présent, et de partager avec mes lecteurs, auditeurs, spectateurs, étudiants, etc., cette soif inextinguible. De toute manière aucun artiste n'est jamais satisfait de la reconnaissance qu'il suscite, et ce quelle que soit sa notoriété.