Une autre écoute est possible


La curiosité est le vecteur du propos de La Muse En Circuit, de sa création en 1982 à aujourd'hui. Aucun concept ne peut mieux m'agiter les neurones, toucher ma sensibilité, me faire vivre. Et vivre libre, si l'on fait abstraction du fantôme de la liberté, évidemment. En regardant le film Une autre écoute est possible que Jérôme Florenville a consacré à ce centre national de création musicale implanté à Alfortville j'ai vibré en sympathie pendant cette heure d'extraits et d'entretiens où je reconnais les amis, son fondateur Luc Ferrari (1929-2005), d'abord et définitivement, David Jisse (1946-2020, directeur de 1999 à 2012), Pablo Cueco, Denis Lavant, et d'autres que j'ai croisés et dont j'admire le travail, son directeur actuel Wilfried Wendling depuis 2013, Georges Aperghis, François Sarhan, Brunhild Ferrari, Henry Fourès, ou encore Kasper T. Toeplitz, Nina Garcia, etc., tous passionnants et fondamentalement humains. Petite réserve sur Heiner Goebbels dont la manie de composer à partir d'improvisations de ses musiciens me laisse perplexe, car l'aspect collectiviste de la plupart des projets pluridisciplinaires me plaît particulièrement. Pendant toutes ces années je suis bêtement resté à distance de La Muse alors que tout aurait dû m'inciter à m'y impliquer. Pour la petite histoire, j'y ai même rencontré la femme de ma vie il n'y a pas si longtemps ! Mais heureusement, bien que j'en ai revu la trace vidéographiée, ce n'est pas dans le film qui raconte par contre plusieurs décennies d'aventures où l'amitié est née ou a grandi au fil des résidences.


Le film rend hommage à tous les protagonistes, en particulier les trois capitaines : Luc Ferrari qui sut installer la joie comme paramètre indispensable à l'entreprise (et sa lettre de démission lue par Brunhild est bouleversante), David Jisse qui lui permit de devenir pérenne, Wilfried Wendling qui l'implanta dans le XXIe siècle. La variété des œuvres qui y furent créées montre l'ouverture d'esprit, guide souverain de leurs choix. Je suis ravi de voir Sarhan au travail, Jisse ou Lavant éructant leurs textes, Toeplitz jouant de sa double basse, etc. La bidouille et l'expertise font bon ménage. Et toutes les créations absentes du film auxquelles j'ai assisté soulignent l'effervescence et la créativité de l'équipe et des nombreux invités.
À voir donc, et à écouter, car il s'y dit ce qui manque si souvent ailleurs.