Ça commence par la marche


Ça commence par la marche, alors au début j'ai pensé que c'était essentiellement un hommage à la musique de Steve Reich. J'ai laissé filer les trois minutes de Juste avant, les vingt-trois de Presqu'un pas, et puis les percussions de Marche avant et les cuivres de Marche arrière m'ont intrigué. L'énergie déployée renvoie en effet au Reich d'il y a quelques décennies. Ici le rock vient au secours de la fascination, avec une grosse caisse bien lourde et omniprésente, des onomatopées en guise de souvenirs, et les deux pianos, main gauche, main droite de Jérémie Ternoy. Des virages inattendus ne perturbent pas pour autant cette progression prenant pour principe fondateur The Songlines de Bruce Chatwin : "Richard Lee a calculé qu'un enfant Bushman sera porté sur une distance de 7886 km avant de commencer à marcher seul. Étant donné que, pendant cette phase rythmique, il passera son temps à nommer les éléments qui composent son territoire, il est impossible qu'il ne devienne pas poète." Ainsi, Peu après, ça swingue jusqu'au titre éponyme qui met fin au vertige, Ça commence par la marche, après avoir entraîné à sa suite un grand ensemble au souffle imperturbable (Jérémie Ternoy pianoS, Nicolas Mahieux contrebasse, Ivann Cruz guitare, Charles-Albert Duytschaever et Peter Orins batteries, Sakina Abdou sax, Christian Pruvost trompette, Vianney Desplantes euphonium, Sarah Butruille, Maryline Pruvost et Kristof Hiriart chant et lames sonores). Jérémie Ternoy, qui a composé cet hommage décidé aux musiciens répétitifs américains, revient aux pianos. Et puis c'est fini. Le silence reprend ses droits. C'est l'un des effets magiques de cette musique envoûtante.

→ Jérémie Ternoy, Ça commence par la marche, CD Circum-disc, sortie le 29 mai 2026