Entre le ciel et l'enfer


Akira Kurosawa est plus connu pour ses grandes fresques féodales (Rashômon, Les 7 Samouraïs) que pour ses films noirs (L'ange ivre, Chien enragé, Les Salauds dorment en paix, Entre le ciel et l'enfer). Ce sont toujours des drames (le sublime Vivre) qui interrogent notre humanité, entre le bien et le mal, quitte à jouer d'effets de miroirs évitant ainsi à sa quête humaniste tout manichéisme. Carlotta publie une magnifique copie du polar Entre le ciel et l'enfer sorti en 1963, à une époque où explose la nouvelle vague japonaise (Oshima, Imamura, Shinoda, Suzuki, Teshigahara...). En adaptant un roman d'Ed McBain (une aventure du 87e District), Kurosawa, qui rendra plus tard évidente son attirance pour la syntaxe cinématographique américaine, réalise un chef d'œuvre du film noir japonais où il chorégraphie les mouvements des personnages de manière hyper moderne (les policiers derrière les rideaux tirés) ou comme un spectacle de butō (la terrible scène des droguées), avec ses cadres cinémascopés qui les enferment, et développant une critique forte du capitalisme. La lutte des classes s'y exprime clairement tout au long des trois actes : l'enlèvement d'un enfant, l'enquête et la traque du kidnappeur. Plus qu'un suspense, c'est avant tout une tragédie où la morale est sur le fil du rasoir. Les associés du rôle principal tenu par l'immense Toshiro Mifune sont bien plus méprisables que l'assassin, et lui-même est pris dans la toile d'araignée de ses contradictions sociales...


Le film, dont Spike Lee a réalisé en 2025 le remake Highest 2 Lowest, est accompagné d'excellents suppléments, comme souvent chez Carlotta : une démonstration brillante de Nicolas Saada, que je préfère à l'entretien avec Jean Douchet, le documentaire Le suspense selon Kurosawa et trois bandes-annonces. L'édition Prestige Limitée UHD + Blu-ray + Memorabilia est épuisée aussitôt sortie, mais les versions 4K UHD (25€) ou Blu-Ray (20€) sont toujours disponibles.