Le communiqué de presse ou le texte du livret qui accompagne un disque donne parfois des indications déterminantes sur la manière de l'écouter. Lorsque cela frise la banalité cela peut même nuire à la découverte. Mais certains font carrément œuvre quand d'autres prennent le risque de désarçonner par la provocation ou l'humour. Le texte d'Alexandre Pierrepont sur le duo de la pianiste Christine Wodrascka et du contrebassiste Bernard Santacruz décrit parfaitement le mystère plus ou moins contrôlé de l'improvisation, cette manière d'être ici et ailleurs dans le même temps, ou là et plus tard. Il a bien repéré comment les idées circulent entre les deux musiciens. Cela ne fonctionne pas toujours aussi merveilleusement, mais nous avons là un magnifique exemple où chaque interprète, interprète de l'indicible force qui nous agit, tient à la fois un discours indépendant et en parfaite adéquation avec son ou sa partenaire. On dit alors qu'elle et lui sont sur la même longueur d'ondes. Je pense souvent au second quatuor à cordes de Charles Ives, écrit entre 1907 et 1913, conçu comme une conversation pouvant aller jusqu'à la polémique pour trouver enfin un terrain d'entente. Dans les neuf pièces qui composent Oblic s'exprime de part et d'autre une grande tendresse. C'est une musique réparatrice ou consolatrice si on la replace dans notre préoccupante actualité.
→ Christine Wodrascka & Bernard Santacruz, Oblic, 10€ en numérique ou 15€ le CD sur le label polonais Fundacja Słuchaj