J'admets que la simple idée de piano préparé me met en joie, et ce depuis que j'ai découvert le disque que François Tusques lui consacra en 1977, suivi aussitôt par les Sonates et Interludes que John Cage composa à la fin des années 40. Ce sont le plus souvent des musiciens de jazz et les improvisateurs qui s'en entichent, glissant toutes sortes d'objets sur et dans les cordes comme Ève Risser, Benoît Delbecq, Françoise Toullec, Sophie Agnel, Stevan Kovacs Tickmayer, Roberto Negro... De mon côté je me sers de quantités de pianos préparés virtuels comme celui de l'IRCAM qui permettent des facéties inédites. Quant à la harpe chromatique, c'est évidemment à Hélène Breschand et Rafaelle Rinaudo que je pense lorsqu'il s'agit de lui faire supporter cette sorte d'outrages...
Découvrir la récente dyade d'Émilie Chevillard et Peggy Buard est donc une merveilleuse nouvelle, d'autant que leur approche est musicalement très différente de celles et ceux précités. La harpiste et la pianiste sont plus proches de l'école minimaliste, s'inspirant également de la musique traditionnelle bretonne où l'on retrouve évidemment l'aspect répétitif. On sent le bois sous les marteaux, les cordes sous les doigts, mais les compositions sont très minérales. Leurs spirales vous envoûtent et vous emportent sur un tapis volant qui ressemble à une marelle, entre ciel et terre.
→ Émilie Chevillard et Peggy Buard, Dyade, CD Yolk Records, dist. Believe, sortie le 5 juin 2026