Certaines époques troublées poussent les artistes à s'y engouffrer ou à s'en extraire. D'un côté la noise réfléchit la violence d'un monde qui a perdu ses repères, de l'autre la musique de drone ou bien simplement délicate offre des moments de douceur et de tendresse salvateurs. De nombreux projets actuels suivent cette tendance où la légèreté n'a rien de superficiel.

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le groupe Shadowlands met en musique des poétesses comme Emily Dickinson, Christina Rosetti, Elaine Gaston, Sasha Akhtar ou si les musiciens vont chercher Ravel à la rescousse avec le poème Sainte de Mallarmé. Que ce soit là ou sur deux mélodies celtiques, la chanteuse irlandaise Lauren Kinsella flotte au dessus d'un tartan tissé, chaîne et trame, par le clavier de l'Anglais Kit Downes et le saxophone ténor du Français Robin Fincker qui est à l'origine du trio. Je sais bien que l'Écosse n'a rien à voir avec les uns ou les autres, mais en cette période de canicule j'imagine qu'il doit être agréable de porter le kilt, la jupe ou la djellaba. Oscillant entre la tradition et la modernité, l'album Two Minds tend à effacer les distances. Il n'y a plus ni passé, ni présent, ni avenir, mais juste l'éternité.
→ Shadowlands, Two Minds, CD BMC, dist. Socadisc, 15€