La raquette fatale

Obnubilé par les moustiques qui viennent de reprendre leur petit business de perfusion sanguine, je me suis réveillé au son de l'une d'entre elles. Je croyais, du moins, être sorti du sommeil. Donc à moitié endormi, je suis allé m'emparer de la raquette électrique dans la pièce à côté. Dans l'état somnambulique où j'avançais vers la chambre, j'avais collé mon visage derrière le treillage comme si je voyais au travers. C'est alors qu'un halo bleu violet occupa tout mon champ visuel, impression hallucinante, comme s'il n'existait plus que ce brouillard. Pris de panique, j'avançai tout de même. Fatale erreur. Aveuglé, je me cognai contre un mur, mais me trompant en l'identifiant, je fis un pas de côté vers l'escalier. Ce n'était évidemment pas mon intention, mais j'avais totalement perdu mes repères et chutai. La raquette dégringola les marches jusqu'au rez-de-chaussée et je m'accrochai tant bien que mal, j'ignore comment, cela restera un mystère, probablement à la rampe ou aux murs, m'évitant de suivre l'objet fatal dans ses affolants rebonds. Je dois avoir de bons os, car je me luxai seulement le gros orteil. Malgré le vacarme, la maisonnée continuait à dormir à poings fermés. Par contre, ma montre connectée m'interrogea aussitôt pour savoir si j'avais chuté. Or, sans lunettes, j'étais incapable de savoir sur quel bouton appuyer pour la rassurer, si bien que l'alarme redoubla de plus belle, prévenant qu'il ne me restait que trente secondes avant de déclencher l'appel des secours. Panique à bord. Juste le temps de trouver une paire de lunettes et de mettre fin à ce cauchemar. Je fis fondre quelques granules d'arnica sous ma langue, oignis mon orteil de gaulthérie couchée avant de faire pareil et me tortillai pour masser mon dos avec le pistolet magique. J'avais eu chaud, ce qui en rajoutait une couche à la température ambiante. Le lendemain, Nicolas me demanda de rejouer la scène pour prendre une photo du spectre de la mort.