Reboot Party de Fantazio

Avec son nouvel album très "pop", Reboot Party, Fantazio prend-il un risque terrible, celui de se faire récupérer ? Le risque est minime si l'on considère que Brigitte Fontaine s'en est remarquablement sortie. Comme elle, il devra prendre la tangente chaque fois que les sirènes du succès chercheront à l'attirer dans les profondeurs du marché. Lorsqu'ils jouent les fous, les poètes de l'absurde et du franc parler sont un gibier de choix pour la société du spectacle. Parce que le disque de Fantazio est vraiment bien, à cheval entre ses inénarrables élucubrations et une chanson française la plus zouloue. Sans pour autant leur ressembler, j'ai pensé à Richard Gotainer, Jacques Higelin, Albert Marcœur ou Poudingue... Ce bateleur punk aurait certainement sa place parmi les rockeurs maudits croqués par Arnaud Le Gouëfflec et Nicolas Moog dans leur indispensable bande dessinée, Underground.

Les arrangements de Sarah Murcia, qui joue de la contrebasse et du synthé basse sur quelques titres, y sont probablement pour quelque chose. Mais il faut avant tout saluer la claviériste coréenne Yurie Hu et le batteur toscan Francesco Pastalcaldi qui forment l'extravagant Peuple Fiction, triolant musicalement avec le chanteur-contrebassiste. Et puis, Fantazio a appelé à la rescousse Rosemary Standley, Emiko Ota, Elise Caron, Kavitha Gopi et Sarah Murcia, des voix superbes, adeptes d'étonnantes galipettes hors catégorie. On croise aussi de nombreux camarades : Antonin-Tri Hoang à la clarinette ou au synthé façon Popcorn (premier tube de musique électronique en 1972, année de naissance du patron !), le trompettiste Aymeric Avice, le guitariste Sébastien Martel et beaucoup d'autres. Le chanteur polyglotte contourne la question de l'anglais et du français en les associant à l'espagnol, à l'italien, au latin, au tamoul ! Les paroles font des nœuds, des nœuds coulants, nœuds de galère ou de pendu, nœuds gordiens ou de vipères, réfléchissant le regard diagonal que Fantazio porte sur le monde, et l'impudeur de sa propre histoire.

Gros travail de studio qu'on retrouvera sur scène le 1er octobre prochain à La Marbrerie de Montreuil. Malgré ce que j'ai écrit et que je leur souhaite, la tournée mondiale attendra un peu. Les décideurs et autres influenceurs sont paresseux. Pourtant, je le répète en relançant le disque de Fantazio sur la platine, c'est drôlement bien, à la fois hirsute et bien peigné, dansant et malin. J'aurais pu citer Prévert repris par Godard dans Pierrot le fou parce que ça colle parfaitement à sa peau tatouée : "Tendre et cruel, réel et surréel, terrifiant et marrant, nocturne et diurne, solite et insolite, beau comme tout".

→ Fantazio & Peuple Fiction, Reboot Party, CD HYP-label