Dans la grande boîte des exemplaires de Rock 'n' Roll Station Redux Extraction (lien externe) auquel j'ai participé pour le quart, Steven Stapleton (lien externe) avait glissé deux récents CD de son Nurse With Wound (lien externe).
Le premier, Lung Oysters (lien externe), est une suite de rocks underground très inspirés par les années 70, un psychédélisme allemand où les envolées planantes rivalisent avec les rythmes obsédants. J'adore ça parce que cette musique électrique où la répétition évolue sans cesse me rappelle évidemment nos moments lysergiques que nous passions affalés dans des coussins profonds ou dans l'air vivifiant de la campagne francilienne. Stapleton le cosigne avec le multi-instrumentiste Diarmuid Mac Diarmada, de concert avec le comparse AndrewLiles (lien externe), ainsi que Ian Smith à la basse sur Monotony Meltdown, et, vocalement, MS Waldron sur The Psychobabbler's Shroud ou le poète et artiste irlandais Tara Baoth Mooney sur Two Shoves and a Shunt et Refrain (If Must Die). À classer dans les inclassables expérimentaux qui surprennent à chaque morceau.
Le second, Healsgebedda Budgerigar (lien externe), l'est assurément. J'adore ça parce que ce travail de laboratoire maximaliste, aussi chaotique que réglé au quart de tour, me rappelle mon vieux fond de zappeur fou qui intègre tous les bruits du monde dans une symphonie innommable hérité du cadavre exquis surréaliste, du cut-up burroughsien et d'une réalité que la muzak fuit lamentablement. Sur les trois morceaux de l'album original on retrouve les habituels Liles, Waldron, Mac Diarmada, Colin Potter ainsi que le Tchèque Petr Vasl immigré comme Stapleton en Irlande. Ils sont augmentés de trois pièces inédites.
Je n'ai jamais compris pourquoi Un Drame Musical Instantané (lien externe) fut longtemps comparé aux Residents (lien externe). La proximité avec la démarche de John Zorn (lien externe) me semblait plus évidente, mais en écoutant et réécoutant Nurse With Wound je pense que nous sommes probablement des cousins à la mode de Bretagne. Différence fondamentale que l'on retrouvera dans la musique elle-même, l'Américain m'envoya une tête de mort et coupa les ponts il y a 25 ans lorsque je lui expliquai mon antisionisme hérité d'une morale ancrée dans ma culture juive, tandis que Stapleton revendique sa solidarité avec la Palestine. Y a-t-il jamais de rupture entre l'homme et son œuvre ? L'opportunisme ou la névrose familiale vous font parfois prendre le mauvais chemin. Mais cela fait du bien de se sentir en famille lorsqu'on a choisi l'indépendance avant toute chose.