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Glorious Mahalia

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    • Catégories
      • Musique
  • Date de publication 6 juillet 2026
  • Date de modification 6 juillet 2026
  • Auteur·ice
    • Jean-Jacques Birgé
  • Temps de lecture 3 minutes
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J'ai souvent raconté mon goût pour les textes parlés accompagnés musicalement (voir plus bas l'article du 16 novembre 2011 (lien externe)où j'évoque mes nombreuses créations discographiques et sur scène, et les disques produits par Hal Willner avec Burroughs ou Ginsberg (lien externe)). J'ai également chroniqué Sidney Poitier récitant Platon sur une musique de Fred Katz, Mingus Erectus (lien externe) de Noël Balen, les poèmes de Steve Dalachinsky (lien externe), le slam et le rap, et tant d'autres.

J'ignore pourquoi j'y suis si sensible. Peut-être parce que j'entends déjà le texte comme une musique ? Irrésistible besoin de me relire à haute voix pour préciser le rythme et jouer des allitérations. Ou bien est-ce pour combler l'absence des pages du livre, sa couverture, l'odeur du papier, les images mentales que la lecture me procure ? Lire un texte que j'aime à un/e ami/e est un plaisir sans mélange. Pour les respirations où passent les anges, les emballements qui ne conservent que les consonnes. Alors Cocteau, Ramuz, La Fontaine, je vous ai sur le bout de la langue... Je ne me lasse jamais d'écouter Cocteau (lien externe), Godard (lien externe) ou Lacan (lien externe) dont la diction tient du théâtre. Accompagner Lascault (lien externe), Vigo (lien externe), Ernaux, Sapho, Zola (lien externe), Poe, Meens (lien externe), Tournier (lien externe), Buzzati (lien externe), Houellebecq (lien externe), Mingus (lien externe), Sidran (lien externe), Velter, Monvoisin (lien externe), Rebotier, Senges (lien externe) ou Sternberg (lien externe) (Josef von), et même Burroughs et Ginsberg (lien externe) (en français), me rapprochait du cinématographe. "Et puis, il y a les voix !" me susurrait, un soir, à l'oreille, Jean-Pierre Léaud, boulevard Montparnasse, sans que je sache pourquoi, l'index pointant vers le ciel. Lonsdale (lien externe), Bohringer (lien externe), Laloux (lien externe), Dussollier, Piéplu (lien externe), Royon Le Mée (lien externe), Lavant (lien externe), et même Brigitte (lien externe) et Colette (lien externe) (vous déjà, vous en chantiez), je buvais du petit lait à construire vos décors, à incarner vos hors-champs.

Alors, écouter Mahalia Jackson (lien externe) (1911-1972) converser avec Louis 'Studs' Terkel (lien externe) ou un enregistrement de Martin Luther King (lien externe) (1929-1968) sur des musiques de Stacy Garrop (lien externe) (Glorious Mahalia) ou Zachary James Watkins (lien externe) (Peace Be Till) interprétées par le Kronos Quartet me ravit. Ajouter Sometime I Feel Like A Motherless Child par la grande chanteuse de gospel réarrangé par Garrop et God Shall Wipe All Tears Away d'Antonio Haskell arrangé par Jacob Garchik (lien externe)(qui travaille depuis vingt ans avec le Kronos) et vous aurez une vue d'ensemble des 250 000 manifestants devant le Lincoln Memorial à Washington le 28 août 1963, à l'occasion de la Marche pour l'emploi et la liberté organisée par le mouvement des droits civiques, lorsque Mahalia souffla à son ami "Tell them about your dream, Martin !" C'est vrai, je fais un rêve (lien externe). Mon anglais m'oblige à l'écouter en deux fois, en deux fois pour commencer. La première, je me laisse porter par la prosodie et les cordes. La seconde j'essaie de m'accrocher aux mots. Il m'en faudra d'autres pour tout assimiler comme il se doit. Les bons disques, comme les bons films, exigent plusieurs passes pour en apprécier tout le suc. Les meilleurs ne l'épuisent jamais.

C'est le troisième album que le Kronos sort sur l'historique label Smithsonian Folkways après Long Time Passing (lien externe), leur hommage au folk-singer Peter Seeger (ami de Martin Luther King), et Mỹ Lai (lien externe), évocation du massacre perpétué au Vietnam par les soldats américains en 1968. Tous abordent la même période de l'histoire des États-Unis, son racisme endémique, la violence qu'elle engendre, tandis que Donald Trump mise sur le négationnisme et tente de faire taire les voix qui se rebellent.

→ Kronos Quartet, Glorious Mahalia (lien externe), CD Smithsonian Folkways, 18€

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