Salle 2108

Comme je descendais quatre à quatre les escaliers de chez ma fille, je tombe nez à nez avec une des affiches que je lui ai données lorsqu'elle s'est installée en bord de Loire. Contrairement à mes anciens posters psychédéliques, symptômatiques de mon adolescence, souvent cinétiques ou fluorescents, redécouverts chez elle, je l'avais complètement oubliée.
Avec mon camarade Bernard Mollerat, nous l'avions scotchée sur la porte de notre salle de montage tandis que nous montions le film La nuit du phoque (lien externe). J'avais l'habitude de décorer l'endroit où je travaille pour contrer l'aspect terne et aseptisé des locaux de l'INA (lien externe) que louait l'IDHEC (lien externe) à Bry-sur-Marne. C'était une manière de nous approprier les lieux sans nous laisser distraire par le reste du monde. J'apportais aussi mes babouches, histoire de me sentir à la maison !
En m'approchant, je découvre que nous étions enfermés salle 2108, avec la chef monteuse Geneviève Louveau qui jouait, entre autres, le rôle de monitrice. Je n'étais pas toujours d'accord avec mes deux acolytes, mais c'est tout de même à cette occasion que j'ai compris qu'il était très délicat de monter son propre film et qu'un regard extérieur était a priori bénéfique.
Si le sens du choix de l'affiche me revient à l'esprit, fruit de notre "humour sophistiqué et glacé", avec des sous-entendus que seuls nous-mêmes ou nos proches pouvaient saisir, je ne me souvenais pas qui avait dessiné nos noms et l'imprécation, jusqu'à ce que je lise sur le côté le nom de Luc Barnier (lien externe).
À l'époque, je vivais dans un appartement en communauté avec mes deux amis, Luc et Bernard, rue du château à Boulogne où Geneviève passait de temps en temps. Luc deviendra plus tard un des grands monteurs du cinéma français jusqu'à sa mort en 2012. Quant à Bernard, il avait hélas choisi de tirer sa révérence dès 1976, il avait 24 ans. J'aurais tant aimé qu'il sache ce qu'était devenu notre film au fil des années.