Voilà. Nous sommes rentrés et je relis mes notes pour relater en une quinzaine de chapitres notre voyage de cinq semaines emballés. Nous avons quitté Paris pour Hô Chi Minh-Ville (ex Saïgon) le 14 juillet dernier...
C'est toujours avec un peu d'appréhension que j'emprunte un long-courrier. Le terme est déjà étrange, car je ne suis pas qu'une enveloppe timbrée. Le contenu m'importe tout de même plus que le contenant. Donc, bien timbré, je crains surtout mon impatience des jambes, un supplice qui me prend souvent lorsque je suis fatigué ou tenu à ne pas bouger, comme par exemple au théâtre. Je choisis donc un siège côté allée pour pouvoir me lever aussi souvent que possible, l'occasion de discuter avec le personnel de bord. Le steward m'explique que, désormais, compte tenu des guerres en Ukraine et en Iran, un voyage au Japon s'effectue vers l'est à l'aller, et encore vers l'Est au retour, ce qui revient à faire le tour du monde, et, quitte à continuer mes allusions julesverniennes, quatre-vingt jours m'auraient semblé un pari astucieux. Après ce périple vietnamien, j'ai des doutes sur la durée envisagée de prime abord et, en ce qui nous concerne aujourd'hui, nous nous sommes arrêtés en chemin, avec peut-être la perspective nippone au printemps prochain.
Nous avions heureusement rempli le formulaire de pré-arrivée pour écourter le passage en douane à l'arrivée au Vietnam, expérience qui s'est déroulée on ne peut mieux, contrairement aux témoignages glanés ici ou là. On verra plus tard que cela peut tourner au cauchemar. Petit bémol, Christiane, ayant oublié sa liseuse dans l'avion, doit retourner à l'aéroport de Tan Son Nhat pour la récupérer aux objets trouvés d'Air France. Le trajet en VTC, ici Grab, est incroyablement bon marché, à peine deux euros !
En choisissant la première photographie je ne résiste pas à la nécessité de me peser et, yes ! J'ai maigri. Entre les copieux petits-déjeuners d'hôtels, les fritures et ma curiosité culinaire, je l'espérais, mais n'en étais pas certain, même si j'ai fini par perdre mon short.
Le Airbnb est situé dans une ruelle perpendiculaire à Dong De Than, très calme avec une déco branchée, style briques apparentes et mur à moitié écroulé. La baignoire sur le balcon est une minuscule piscine, mais la chaleur humide nous pousse à préférer la douche. Dès le lendemain, nous apprivoiserons la moiteur ambiante, du moins nous le croyons.
Le quartier Pham Ngu Lao est pratiquement vide de touristes. Les vendeurs de fruits "exotiques" (mangoustans dits măng cụt, ramboutans dits chôm chôm, fruits du dragon dits thanh long, durian dits sầu riêng, jacquiers dits mít, bananes, kumquats, etc.), de poissons séchés et de brochettes occupent les trottoirs. J'écris leurs noms vietnamiens, mais ma prononciation est catastrophique et je me demande quels propos monstrueux je profère. Cela me fait penser aux Navajos engagés par John Ford pour Cheyenne Autumn (Les Cheyennes) qui avaient articulé malicieusement des insanités sans que personne puisse contrôler leurs dialogues ! En vietnamien il y a sept accents toniques pour chaque syllabe de cette langue monosyllabique.
Mes sandales ayant craqué, heureusement que cela arrive maintenant, et non pendant le futur trek dans la jungle, j'enfourche en passager un scooter Grab et traverse la ville jusqu'à un mall abritant, entre autres, un Décathlon ! Les prix sont vietnamiens, soit quatre ou cinq fois moins chers qu'à Paris. J'en profite pour acquérir un pantalon transformable en short et un T-shirt adapté à la météo. Il pleut d'ailleurs au retour, de grosses gouttes bien serrées, qui nous laissent croire que nous éprouverons la mousson. Les quartiers traversés sont si lumineux, éclairés d'enseignes et d'écrans géants, qu'ils me font penser à Time Square. La circulation est étonnamment, et relativement, fluide malgré les automobiles et les dizaines de milliers de scooters. Pour traverser à pied, il suffit d'y aller carrément. Les conducteurs vous évitent consciencieusement en slalomant.
Avant de partir, je rêvais de retrouver la cuisine vietnamienne, je suis servi. J'adore prendre un phở au petit déjeuner. Lorsque nous sommes assoiffés, nous sirotons de l'eau de coco dans sa noix avec une paille.
Ayant conçu la capitale comme un point de chute, nous la quittons au bout de deux jours après avoir arpenté le marché Ban Tanh, fait des photos à la Poste Centrale construite à la fin du XIXe siècle, architecture coloniale due à Marie-Alfred Foulhoux, avoir été un peu déçus par la rue des libraires, nous être bouché les oreilles dans la rue Bui Vien où les danseuses, très court vêtues, se trémoussent au rock tonitruant des orchestres qui se succèdent tout au long de la promenade.
J'envoie alors ma première photo qui ressemble à une vieille illustration. L'Oncle Ho est partout. Nous commençons à nous faire à l'ambiance. Ho Chi Minh-Ville fait merveilleusement office de sas avant de prendre un minibus pour le delta du Mékong.