Mỹ Sơn et la Montagne de marbre (5)

Si je n'écris pas au jour le jour, je ne me souviens plus de ce que nous avons fait tant les étapes diffèrent les unes des autres, tout en suivant une ligne semblable. Les villages traversés se ressemblent, les bouis-bouis où l'on déguste d'exquises soupes phở, les réparateurs de motos et de scooters, les marchands de légumes et de fruits posés à même le sol, les marchés couverts alignant viande ou poisson, les souvenirs pour touristes, etc. Comme les Européens viennent plutôt à l'automne, nous ne sentons pas trop l'affluence, d'une part parce que nous démarrons très tôt le matin, d'autre part parce que nos centres d'intérêt sont typiquement français. Entendre que nous fuyons la foule et que nous sommes friands de culture !

Ainsi nous arrivons les premiers sur le site archéologique de Mỹ Sơn (lien externe). C'est aussi une manière d'éviter les plus grosses chaleurs. Lieu sacré créé par l'empereur Bhadravarman 1er à la fin du IVe siècle, ce sanctuaire devint la capitale du royaume de Champâ (lien externe). Les Chams (lien externe) s'établirent plus tard au sud du pays. Totalement oublié, recouvert de végétation, il fut découvert à la fin du XIXe siècle par Camille Paris (1856-1908), fonctionnaire de l'administration française qui participa à la campagne du Tonkin en 1884-85 et à la construction d'une ligne télégraphique en Annam de 1885 à 1889, révélé et cartographié par Henri Parmentier, chef de service archéologique pour l'École Française d'Extrême Orient. Il fut le principal centre religieux Cham du IVe au XIIIe siècle avec son âge d'or au XIe. Des 78 édifices originaux, marqués par l'hindouisme, il n'en reste que quelques-uns, suite essentiellement aux bombardements américains, monstrueusement destructeurs. Les B52 et les mines, dont on voit encore certains cratères, ont ravagé le site qu'avait choisi comme base l'armée vietnamienne. Comme nous l'avions vécu à Machu Picchu au Pérou, ce ne sont pas seulement les vestiges, mais l'emplacement qui diffuse son aura magique. Parmi les ruines, on reconnaît évidemment les dieux hindous, Shiva, Ganesh, etc.

Enchaîner avec les montagnes de marbre, qui sont situées entre Hội An et Da Nang, est un peu fou, surtout à cause de la chaleur qui a eu le temps de s'installer, et puis il faut tout de même un peu grimper.

C'est la Montagne de l'eau que l'on visite. Les autres sont métal, bois, feu et terre, les cinq éléments de la philosophie orientale.

Comme il y a des dragons partout, j'ai l'impression d'être un peu parmi les miens. Ce n'est pas que j'y crois, mais l'énigme astrologique me poursuit depuis toujours. Jeune homme, cet engouement m'énervait tant que j'avais l'habitude de répondre "marxiste" lorsqu'on me demandait mon signe. Pourtant, deux astrologues en herbe établirent mon ciel il y a un demi-siècle, et leurs "prédictions" se précisèrent étrangement... 

"Pire", fin des années 1970, une amie qui travaillait à l'AstroFlash, un ordinateur dédié installé sur les Champs-Élysées et qui coûtait très cher, offrit à sept d'entre nous le paquet de grandes feuilles IBM correspondant à notre lieu, date et heure de naissance. Or, chaque description collait étonnamment à chacun et chacune d'entre nous. En aveugle, on aurait pu deviner qui il évoquait. J'ai conservé le mien et il colle en effet parfaitement avec ce qu'allait devenir ma vie. C'est troublant, d'autant que l'étude se base sur un ciel en 2D, alors que le ciel est évidemment en 3D. Je dirais alors, comme Cocteau, "lorsque ces mystères nous dépassent, feignons d'en être les organisateurs."

Après être montés on redescend vers la grotte de Hoa Nghiêm (lien externe). Le soleil traverse le plafond, le trou ayant été agrandi par les hélicoptères américains attaquant les combattants Vietcong, qui en avaient fait un hôpital de campagne. Comme partout, les temples bouddhistes sont à la fois kitch et charmants. Ici toutes les parois sont de marbre. Pas comme nous qui ne pouvons le rester devant leur puissance évocatrice.