Phong Nha (8)

Les cabines du bus qui nous emmène à Phong Nha ressemblent à des caissons de survie. C'est très confortable, d'autant que, comme dans certains bus précédents, les sièges/couchettes sont équipés d'un système de massage. Ils vibrent doucement.

L'hôtelier vient nous chercher devant l'épicerie où nous avons été débarqués pour nous conduire au bungalow où nous allons séjourner lorsque nous ne serons pas en promenade. J'écris promenade, mais il s'agit de découvrir les grottes de la région.

Le premier jour est plutôt tranquille. Il fait enfin moins chaud. Les 31° de la piscine nous semblent même frais ! Je n'aurais pas imaginé apprécier le ciel voilé, mais le soleil était devenu un vrai problème. Si la pluie et l'humidité nous trempent jusqu'aux os, l'atmosphère est beaucoup plus supportable. Peut-être aussi, parce que nous sommes entourés d'une végétation luxuriante, pour ne pas dire quasi impénétrable. On imagine les dégâts de l'agent orange, pendant la guerre du Vietnam, qui permettait aux Américains de tout brûler. En plus de la faune et la flore martyrisées, les conséquences sur les êtres humains tiennent de l'horreur.

Le long de la rivière Song Son, des femmes lavent leur linge, des enfants glissent dans l'eau sur un toboggan, tous et toutes nous sourient en signe de bienvenue sincère.

Nous voilà partis pour visiter aujourd'hui deux grottes, celle du paradis et celle de Phong Nha. La première exige une petite grimpette avant d'y descendre. Ses dimensions sont impressionnantes.

L'après-midi nous découvrons la seconde en bateau. Ces embarcations me font penser aux gondoles vénitiennes. Elles semblent se conduire aussi en godillant avec une seule rame sur le côté. Le spectacle de la rivière souterraine est magnifique. Il y a aussi nettement moins de touristes que le matin. On imagine la haute saison en voyant les centaines de bateaux accostés alors qu'il n'y en a pas plus d'une dizaine qui naviguent.

Nous nous enfonçons chaque fois sur un kilomètre, mais il y en a environ trente au-delà. Ces grottes ont servi aux combattants du Nord-Vietnam pour stocker des munitions et des vivres, ou accueillir les blessés.

Nous sommes surpris de découvrir des églises catholiques un peu partout dans la région. Les Français furent à l'origine de la construction des routes et de quelques édifices, leur spécialité étant bien des ponts et chaussées. Jusque-là, le Vietnam avait été un pays fluvial. Les missionnaires ne chômèrent pas non plus, évangélisant à tour de bras. Cela fait tout de même un drôle d'effet d'entendre la messe sortant de la jungle en cantiques évaporés.

Le lendemain, nous prenons la sauce alors que nous chevauchons deux bicyclettes, plutôt rudimentaires, version roots d'un hollandais. Contrairement aux précédents cimetières croisés sur notre route., celui-ci est plein de couleurs. Chaque tombe rassemble une famille. La famille est très solidaire au Vietnam. Les personnes âgées sont nettement mieux loties que chez nous. Ce sont souvent des petites entreprises.

Nous les voyons dîner à même le sol du rez-de-chaussée de leur maison, cette pièce principale faisant office d'arrière-boutique au commerce domestique ouvert directement sur la rue. Certain/e/s font la cuisine pour les passants venus chercher leur pitance en scooter.  Il n'y a parfois qu'une petite table et deux tabourets, d'autres réparent les motos ou vendent les fruits et légumes qu'ils cultivent.

Les cuisinières ne servent parfois qu'un phở (dont le nom vient du pot-au-feu), le cao lau (des pâtes épaisses avec des légumes, du porc et une sorte de chips croquantes, spécialité de Hội An, un bun bo huế (soupe) ou des brochettes. Le meilleur bánh mì de Huế (sandwich au pain croustillant avec toutes sortes de viandes et d'herbes aromatiques dont le nom vient de pain de mie) était celui de Bánh Mì Trường Tiền O Tho que l'on compose soi-même. Les restaurants de Huế proposent un assortiment de plats délicieux (bánh khoái, bánh bèo chén, bánh ram it, bánh bột lọc, bánh nậm, etc.) qui s'inspirent de la cuisine impériale. Avec en dessert le chè bột lọc heo quay. À part cela, j'oscille entre le jus de coco dans sa noix et le café toujours trop sucré. Les Vietnamiens consomment énormément de sucre, en particulier du lait concentré. C'est café noir ou blanc, chaud ou glacé, avec du lait ou pas, sucré ou salé, ou avec un œuf parfois, leur grande spécialité.

Mais je m'égare. Nous nous préparons pour le trek de deux jours dans la jungle qui commence demain.