Mon dernier trek (9)

Pour être crevés, nous sommes crevés. Je mets du temps à reprendre mon stylo (j'écris mes notes dans un petit cahier acheté il y a des années dans cette partie du monde qui a le mérite de nous dépayser totalement). Le trek dans la jungle est absolument extraordinaire, mais nous avons touché nos limites. C'est très probablement la dernière fois que nous nous risquons dans une telle entreprise. Cela fait de toute manière bien longtemps que j'ai commencé à bouger le curseur de ce que je peux encore faire ! Je me souviens du temps où je sautais les barrières comme un acrobate et de celui où je me suis demandé pour la première fois s'il fallait que je lève d'abord la jambe gauche ou la droite. Cela ne me pose aucun problème, mais il faut bien que je teste mes limites pour les identifier. En avançant en âge, nous sommes tous incités à faire les choses autrement et même, et surtout, à faire autre chose. Ce n'est hélas pas non plus le maigre budget dont je disposais lorsque j'avais 20 ans qui me l'aurait permis. Encore qu'au Vietnam, à part l'avion, la vie est incroyablement bon marché. Pour de nombreuses dépenses on peut diviser par dix par rapport à l'Europe. Le salaire moyen vietnamien suit évidemment le même rapport.

Nous voilà donc partis pour un trek de deux jours et une nuit, intitulé Ma Da Valley (lien externe), dans Phong Nha Kẻ Bàng (lien externe). Nous avons de la chance, car nous ne sommes que huit en plus du guide et d'un porteur. Nous partageons la promenade avec une famille hollandaise absolument charmante (une fille de 10 ans et une autre de 17) et un couple d'Israéliens avec qui j'évite les sujets qui fâchent, encore que le père qui voyage avec sa fille soit bouddhiste.

Nous nous enfonçons dans la jungle en faisant attention de ne pas toucher les plantes gravement urticantes. Nous évitons aussi les sangsues en couvrant le bas de nos pantalons avec de hautes chaussettes. L'agence Jungle Boss nous a fourni des chaussures de marche, pas des plus confortables, mais absolument nécessaires et nous ne transportons que le minimum, soit, en ce qui me concerne, de l'eau, mon ventilateur salvateur, le smartphone pour prendre quelques photos, mon Levothyrox, une petite serviette pour s'éponger... Cela n'empêche pas la sueur de tremper ma chemise jusqu'à la taille et le reste d'être à tordre, puisque nous devons remonter une rivière avec de l'eau jusqu'à la ceinture !

J'ai aussi emporté mon petit Nagra pour enregistrer la forêt la nuit.

La première étape est la Grotte de l'éléphant, accessible en grimpant pas mal. Nous découvrons les restes d'affaires de soldats vietkong, et la lampe frontale qui surplombe notre casque nous permet d'apprécier la balade déjà assez épique avec échelles et rochers glissants.

L'après-midi est donc carrément exotique à marcher dans la rivière jusqu'au campement où je plonge dans une eau turquoise, génialement rafraîchissante, au milieu des petits poissons. La nuit est épouvantable car je n'arrive pas à dormir. Il fait très chaud, les moustiques ne m'ont pas épargné, le matelas est fin comme une feuille de papier de riz ! Heureusement Tom, notre guide, et toute l'équipe de porteurs du reste de nos affaires (pas plus de 3 kg par personne) et de cuisiniers sont d'une grande aide. Le matin je replonge dans le petit lac proche de sa source.

Le lendemain, nous escaladons des rochers aiguisés comme des lames de rasoir, glissants comme des savonnettes, pour atteindre une nouvelle grotte, Tra Ang, que nous découvrons à la nage, équipés du casque, de la lampe frontale et d'un gilet de sauvetage bien encombrant, nous enfonçant dans l'obscurité.

Autour de nous, des chauves-souris nous frôlent, curieuses des intrus qui les empêchent de se reposer. Chacun son tour !

Il fait très chaud, mais il ne pleut heureusement que très peu. Nous sommes totalement exténués lorsque nous regagnons l'agréable Hung Phat Bungalow, mais la balade valait vraiment le coup, loin de toute vie humaine. Nous croisons juste un serpent, un lézard, des araignées et divers insectes dont ces maudits moustiques, qui trouvent, comme partout, ma viande particulièrement à leur goût.