ENIGMA (lien externe) est le dernier synthétiseur imaginé par le constructeur russe Soma. Je m'amuse évidemment comme un petit fou à découvrir ses possibilités, mais son approche ne diffère pas pour moi de la méthode que j'utilise habituellement avec les nouvelles machines, à savoir lire d'abord le mode d'emploi, puis me lancer expérimentalement dans le jeu en testant tous les accès, et relire ensuite le mode d'emploi pour vérifier que je n'ai pas laissé de côté quelque potentialité.
Reprenons donc depuis le début. Fondé il y a dix ans par Vlad Kreimer, Soma Laboratory (lien externe) fabrique des instruments qui obéissent à des logiques radicalement différentes des synthétiseurs américains, japonais, français ou allemands, à savoir des oscillateurs traversant des filtres et des amplificateurs et façonnés par des enveloppes et d'autres modules de transformation. C'est beaucoup plus barjo, inventif et excitant pour quelqu'un comme moi qui pratique depuis 1973. J'ai donc successivement acquis le LYRA-8 (lien externe) qui est plutôt axé sur la drone noisy, l'ENNER (lien externe) sensible au toucher de chacun et orienté électroacoustique, The PIPE (lien externe) un synthétiseur buccal (et non vocal), le COSMOS (lien externe) un looper/délai aléatoire (j'adore), le TERRA (lien externe) (mon préféré pour sa maniabilité et ses possibilités de jeu en direct), Harvezi Hazze (lien externe) une sorte de distorsion sophistiquée et WARP (lien externe) un multi-effets. Pour la plupart ils n'ont pas de mémoires rappelables, s'assimilant ainsi plus facilement à des instruments classiques et au temps réel. La qualité de la fabrication est irréprochable, le son impeccable. Alors que j'étais passé aux applications dématérialisées et aux échantillonneurs sur ordi, ils m'ont redonné le goût de l'expérimentation comme jadis sur mon ARP 2600 (lien externe).
Si d'habitude un mode d'emploi succinct accompagne la livraison, cette fois il n'y en a aucun. Kreimer explique : "ENIGMA rend hommage à l'esprit d'exploration et de découverte, ainsi qu'au courage et à la passion qui nous poussent vers des territoires inexplorés et des phénomènes mystérieux. ENIGMA est un synthétiseur expérimental reposant sur des algorithmes de synthèse et de contrôle non conventionnels. L'interface d'ENIGMA est un champ de détection - un scanner qui détecte la présence d'objets métalliques placés à sa surface ou à une courte distance (jusqu'à 20 mm) au-dessus de celle-ci. Tout objet métallique conducteur peut être utilisé. La forme, la taille et le type d'objet dépendent entièrement de vous. Pièces de monnaie, vis, fragments, engrenages, outils et tout autre objet métallique feront l'affaire. Le paysage sonore généré par l'instrument dépend des objets placés sur sa surface et de leur disposition dans l'espace. La sensibilité de l'interface est extrêmement élevée : même un déplacement d'un millimètre à peine peut modifier le son."
Peut-être qu'expliquer ses possibilités serait un peu complexe et réducteur. Alors on se lance en posant toutes sortes d'objets aux intersections et sur les sommets du mandala minimal dessiné sur le fond noir. C'est une première approche, mais je ne sens pas trop les différences selon leur nature, leur poids ou leur volume, alors que leur surface est parfois déterminante s'ils touchent deux zones. Si l'on veut composer, plus l'objet est simple, meilleur est le contrôle, comme des pièces de monnaie, par exemple. Assez vite je comprends ce qui joue sur la vitesse de l'horloge, la hauteur des notes, la spatialisation stéréophonique, le timbre. La combinaison des sept touches lumineuses font basculer le son vers des styles plus ou moins radicaux. C'est très amusant, cela tient à la fois du bonneteau et de la divination de fête foraine tout en offrant de composer/improviser finement dans les limites de l'instrument. Ces limites sont propres à tout instrument, qu'il soit ancien ou moderne, électronique ou acoustique. C'est sans compter avec quelques détails facétieux que Kreimer a implémentés secrètement.