La baie de Lan Hạ (13)

Le spectacle est évidemment merveilleux. Les pitons rocheux qui sortent de l'eau composent un paysage unique que l'on découvre en bateau. Le nôtre n'est déjà pas très gros, mais nous ne sommes que dix passagers, alors qu'il est conçu pour quarante. Au gré du choix de chacun, nous finirons la croisière à seulement quatre ! La basse saison ne doit pas être très rentable ! Les cabines sont luxueuses, avec une baie vitrée sur toute la longueur, une salle de bain et un grand lit.

Je crois que c'est ce rocher qu'on appelle désormais Kong depuis le tournage du film Kong: Skull Island ! Mais aucun film ne remplacera la magie de celui de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack (lien externe) avec la musique de Max Steiner (lien externe) qui avait étudié avec Mahler et Brahms, et dont le parrain était Richard Strauss.

Nous sentons bien la basse saison, il y a très peu de touristes, du moins dans la baie de Lan Hạ (lien externe), puisque nous avons choisi de laisser derrière nous celle de Hạ Long (lien externe) que nous avons traversée. En retournant à Haïphong, nous verrons en effet des centaines de bateaux amarrés au port, qui envahiront les baies à la haute saison.

La nuit, seul sur le pont, dans le silence, j'admire le paysage magique de la baie. L'impression est ahurissante.
Que ce soit à cause de la chaleur ou du bruit de la climatisation, j'ai très peu dormi pendant ce voyage qui durera en tout cinq semaines.

La matin, la buée sur la vitre ne laisse pas voir grand-chose, mais tout sèche si vite... Il suffit aussi d'accrocher mes chemises dans le champ du ventilateur. Il m'est arrivé d'en changer six fois en une journée.

Je connaissais le rayon vert, mais celui-là est bleu. Comment se fait-il ? Je prends la photo... Sans explication.

Comme à Siam Raep (lien externe) il y a quinze ans, je me fais nettoyer et masser les pieds par les petits garra rufas (lien externe). Ça vous gratouille et ça vous chatouille, et dès que l'on s'y est habitué, ce soin pédicure est délicieux.

Sur Cat Ba (lien externe), la plus grande île du Viêt Nam, nous laissons l'autre couple, évidemment beaucoup plus jeune, grimper dans la chaleur étouffante pour admirer le paysage du haut d'un pic, en nous contentant de baisser la tête dans une grotte déserte. Cela ne m'empêche pas de me cogner à la voûte à un mètre au-dessus de nous. Nous nous baignons un peu dans l'eau à 33°, mais sa propreté ne nous inspire vraiment pas confiance. Par contre, à chaque sortie en mer, nous en prenons plein les mirettes.

Il est tout de même dommage que l'eau soit si sale, avec du plastique et d'autres cochonneries non identifiées qui flottent un peu partout. C'est essentiellement le fait des Vietnamiens qui jettent tout et n'importe quoi, n'importe où, au bord des routes, dans la rue, dans les rivières et ici-même.
À quoi s'ajoute, ailleurs, la prolifération des constructions en cours, laissant présager une détérioration terrible du site dans les années à venir. Le tourisme, à tout le mois européen, risque d'aller chercher ailleurs les villégiatures enchanteresses.

Il y a trente ans n'existait aucun navire de croisière. Nous voguions sur un bateau de pêche, un épicier nous accostant pour le petit déjeuner. L'industrie touristique pourrait tuer la poule aux œufs d'or, à moins qu'elle ne vise le tourisme de masse, en particulier les Chinois.

Le premier jour fut particulièrement pénible, car il m'est impossible de ramer sur un kayak sans souffrir terriblement du dos. Il n'y a pas de dossier et on a les jambes à l'équerre. Ma partenaire me ramène rapidement au "port", une sorte de grand radeau, et repart joyeusement, car elle adore pagayer. Conséquence, vêtu de mon maillot de bain en tout et pour tout, sans argent et sans eau, j'attends bêtement deux heures son retour et celui de ses compagnons de rames.

Grâce au pistolet masseur (lien externe) que nous trimbalons partout malgré son poids, je préserve ma santé physique et peux continuer à crapahuter pour mon plus grand plaisir.