Rockers au Père Lachaise

J'ai beau avoir vécu treize ans en face du cimetière et l'avoir pratiqué au quotidien, il y a toujours des coins que je ne connais pas ou que j'ai oubliés, et de nouveaux disparus continuent à y prendre leurs derniers quartiers. Après être passé saluer Théo et Bernard au Souffle Continu (lien externe), et après avoir montré l'emplacement de la guillotine rue de la Croix-Faubin (lien externe), face à l'ancienne grille de la prison de la Roquette, à mes amis irlandais du groupe Rùn (lien externe) que nous étions allés écouter la veille au Petit Bain, j'ai fait le guide pour eux, comme je le faisais jadis.

Nous nous sommes rencontrés grâce à Steven Stapleton de Nurse With Wound (lien externe) avec qui Diarmuid MacDiarmada a collaboré pour ses trois derniers disques. Ses deux acolytes de Rùn (lien externe), Tara Baoth Mooney et Rian Trench, sont aussi adorables que leur musique expéri-métal est sombre, rituel gaélique dont les mots m'échappent. Diarmuid et moi avons d'ailleurs une pièce sur le vinyle quatre titres Rock 'n' Roll Station (Redux Extraction) (lien externe) sorti il y a peu, annonce du coffret de 5 CD à paraître !

À des rockers on propose forcément la tombe de Jim Morrison. Il n'y avait pas foule, mais, sur le chemin, Rian a bien senti une douce odeur d'herbe. Je leur raconte comment un 3 juillet, date de l'anniversaire de sa mort et de la naissance de ma fille, le boulevard de Ménilmontant fut recouvert de centaines de fans qui y avaient passé la nuit. Nous dirigeant vers la statue de Casimir Périer dont la tête n'accueille plus l'essaim qui lui servait de couronne, je tombe, façon de parler, sur celle d'Alain Baschung qui a retrouvé en mourant la lettre C de son nom d'origine. À quelques pas de là, des coquillages habillent celle de Jacques Higelin. Rock 'n roll, baby ! Nous parlions juste avant de Brigitte Fontaine et de notre collaboration avec elle (lien externe) (elle - est bien vivante), et voilà qu'elle fait trait d'union avec celle de Georges Moustaki, son voisin de l'île Saint-Louis et propriétaire de leur appartement avec Areski. On était en famille.

On pousse plus loin jusqu'à Edith Piaf (ah, L'homme à la moto !) et Henri Salvador, Salvador le premier rocker français sous le nom de Henri Cording sur des paroles de Boris Vian. Le touche-à-tout de génie est inhumé dans sa ville natale de Ville-d'Avray, sous une pierre sans nom ni dates comme il le souhaitait. Un enterrement ayant lieu juste à côté de lui, une gardienne nous empêcha de nous approcher de celle de Bernard Vitet (lien externe). Alors nous sommes redescendus vers le Mur des Fédérés, mes amis irlandais ignorant l'histoire de la Commune. Comme il était plus de quinze heures et que nous n'avions pas déjeuné, nous avons été voir Oscar Wilde et sa sculpture châtrée au parapluie par une Anglaise pudibonde.

Direction Dong Huong (lien externe) à Belleville pour être certains de bien manger, servis rapidement à cette heure avancée de l'après-midi. Moi qui suis un fan et spécialiste de piments (j'en possède une trentaine de variétés), je n'ai jamais vu quelqu'un en engloutir autant dans une soupe vietnamienne. Rian est d'ailleurs devenu rouge vif, effet recherché. Ça, c'est vraiment rock 'n roll !