Il y a des disques qui vous laissent coi, et c'est plutôt ennuyeux lorsque c'est la seconde fois que cela se produit, si j'en juge par l'article que j'avais écrit il y a deux ans sur leur Instrumental Ensemble - Soundtrack for imaginary Movie Vol 1. Les deux premiers morceaux du nouvel album du collectif C'mon Tigre (prononcé en français !) ont failli me le faire ranger dans les trucs à donner à des potes que cela pourrait intéresser. Autant dire le foutre en l'air, parce que je ne sais vraiment pas à qui refiler les disques auxquels je n'accroche pas et que je n'aurai jamais envie de réécouter. À la seconde écoute, le premier morceau sonne plus bizarre que je ne l'avais senti et le vocoder du second me ferait fuir n'importe quand. Mais quand arrive Venta, j'ai un petit doute et je laisse filer le disque sur la platine, un peu curieux du mélange de sons électroniques et d'instruments acoustiques. On entendra de l'oud et du violoncelle, du xylophone et du vibraphone, des percussions et des voix venues de plusieurs coins de la planète. Le rythme est entraînant, il l'est même de plus en plus au fur et à mesure des titres. C'est carrément dansant, même si je serais plutôt du genre à faire banquette. Ma parole, c'est de la techno barjo à vous retourner la tête !

Reprenons. C'mon Tigre (lien externe) est un collectif international de musiciens et d'artistes visuels fondé en Italie en 2013 avec plus d'une demi-douzaine d'albums enregistrés en studio. J'ignore qui joue de quoi, mais participent à celui-ci Marco Frattini, Perry Maysun, Pasquale Mirra, Daniela Savoldi, Beppe Scardino [Tyto], Catterina Yuka Sforza. Leurs chansons, aux paroles qui me semblent absconses, font certainement un malheur sur un dance floor. Sur scène, au centre de la salle, cinq musiciens humains et un robot percussionniste qui interprète des rythmes sur des instruments de différentes cultures du monde ; le public, sous écouteurs 3D, se déplace librement autour, submergé par les projections lumineuses et les lasers. C'est un mélange de rythmes puissants, de références aux musiques du monde, de triturations cruelles que n'importe qui qualifierait d'expérimentales, un machin androïde qui boucle et zappe dans l'air du temps. Chez soi, il est indispensable de l'écouter fort, à faire trembler les murs, pour goûter le suc de ce délire technoïde qui cache la tendresse des timides.
→ C'mon Tigre, Lumina (lien externe), ed. limitée Double LP couleur 34,90€ / CD 14,40€, sortie le 2 octobre 2026