Le surnom que se donne Delphine Joussein (lien externe) vient évidemment de la légende de l'Ouest, Calamity Jane (lien externe), éclaireuse, danseuse, prostituée, show-woman, affubulatrice, une féministe à sa manière dans un monde brutal phagocyté par les hommes. La flûtiste attrape son instrument à bras le corps, avec la rage de la conquête. Tout y passe, le souffle, la voix, la percussion, l'arsenal électronique, c'est dans le tuyau, un couloir étroit où tout se concentre. Les titres des pièces sont explicites. Dans Argent massif, ce n'est pas Density 21,5 (lien externe) qu'il faut entendre, mais bien "massif". Pour Ma flûte et mon couteau, l'analogie est claire, les gars n'ont qu'à bien se tenir. Ainsi Delphine Joussein invente une manière de jouer de la flûte qui ne ressemble qu'à elle. Franche et massive, directe comme à l'estomac, convoquant le Discours de la servitude volontaire (lien externe) de La Boétie et le Goodbye Pork Pie Hat (lien externe) de celui qui écrivit rageusement Moins qu'un chien (Beneath The Underdog (lien externe)), Charles Mingus. Mais c'est à Roland Kirk (lien externe) que l'on pense alors ; il aurait certainement adoré la façon unique dont la "petite Française", avec ses pédales d'effets, sature la sinusoïde pour la transformer en dents de scie, la désintégrant jusqu'au bruit blanc. Électrique, éclectique et quelle claque ! Lorsque Calamities se clôt sur le brame du cerf, une piste fantôme bien réelle, elle ne peut pas être plus limpide sur le "conte" à régler. Une grande personne, une très grande personne.
→ Delphine Joussein Calamity, Calamities (lien externe), Utech Records, CD 13$ or LP 23$
Article à paraître dans CITIZEN JAZZ