Si la lente et délicate musique d’Abhra est d’aujourd’hui, elle évoque plus qu'un rêve disparu. L’éternité. Ce n’est pas non plus la mer allée avec le soleil, mais la Terre sous une demi-lune. Au sein de ces grands espaces flotte la voix murmurée d’Isabel Sörling dont le corps oscille doucement, comme si elle avançait, trimbalée dans une carriole ou sur un traîneau. La guitare de Francesco Diodati s’allonge sur un effet de basse fuzz, le piano électrique d'Alexandre Herer efface ses attaques par un sustain infini, les pizz de la contrebasse de Matteo Bortone sont de l'écorce des arbres qui bordent le chemin, le violoncelle d'Adèle Viret frôle les hautes herbes, et le sax ténor de Julien Pontvianne, qui a composé cette évocation transcendantaliste, se fait discret avant de prendre son envol. Les paroles anglaises de huit poétesses et poètes sont alternativement soutenues par chacun/e, avant que tous et toutes fassent corps, porté/e/s par le souffle d’un air chaud et épais. On croit percevoir de minuscules insectes sans les voir ni les entendre. Ou serait-ce une nuée de lucioles filmée au ralenti, se réfléchissant dans le ciel comme autant d’étoiles au firmament ?
Julien Pontvianne (sax ténor, clarinette, composition), Isabel Sörling (chant), Francesco Diodati (guitare électrique), Adèle Viret (violoncelle), Alexandre Herer (piano électrique), Matteo Bortone (contrebasse)