Depuis que j'envoie mes chroniques de disques à Citizen Jazz (lien externe), je néglige un peu le reste. Or j'aime bien mélanger les articles, qu'il y ait du cinéma, des bouquins, de la cuisine, des coups de gueule, des expos, des plantes, etc. Il faut bien varier les plaisirs pour continuer à publier quotidiennement depuis bientôt 22 ans, en marge de mon travail de compositeur ou de cinéaste. Récemment, j'ai partagé sur les réseaux quelques vidéos des violences policières qui m'ont ulcéré, chose inhabituelle de ma part. C'est une manière de contrer les grands médias aux ordres et de participer à la colère de la population devant l'incompétence et l'arrogance du pouvoir. Je ne suis pas devin, mais il est certain que l'avenir nous réserve des surprises, et nous ignorons si elles seront pleines d'espoir ou tragiquement morbides. Une chose est sûre, une page est en train de se tourner. De temps en temps, j'ai besoin de m'extraire de ce monde en fusion, d'oublier le réel pour laisser cours à l'imagination. La lecture ou la projection d'un film sont aussi efficaces qu'aller se promener sous des cieux différents ou s'occuper de son jardin.
J'ai donc lu des livres que j'évoquerai une autre fois, souhaitant signaler aujourd'hui quelques bandes dessinées qui m'ont permis de m'évader. Mon cousin m'a d'abord suggéré d'acquérir les cinq premières aventures de Tintin (lien externe) dans leur nouvelle version colorisée. À l'origine en noir et blanc, Hergé (lien externe) les redessinera en couleurs vingt ans plus tard, avec un trait affiné. Ce sont ces nouvelles versions qui alimentèrent notre enfance jusqu'à l'ultime Tintin et les Picaros (l'inachevé Tintin et l'Alph'Art est un peu à part), soit 24 aventures. Or, dans les premières moutures, les pages ne comportent que 6 cases au lieu de 12, ce qui donne de beaux livres de 128 pages quand les albums que nous connaissions n'en avaient que 62. Colorisés récemment, les neuf premiers volumes sortent progressivement. Ont déjà été publiés un coffret de trois (Au pays des Soviets, Au Congo et en Amérique) dont le racisme n'est pas piqué des vers, et deux de mes préférés, Les cigares du pharaon et Le lotus bleu. La rencontre de Hergé avec Zhang Chongren (lien externe) (Tchang (lien externe) dans celui-ci et dans Tintin au Tibet) le fera "un peu" évoluer idéologiquement. Abonné au Journal Tintin lorsque j'étais enfant, j'ai découvert Coke en stock, Tintin au Tibet et Les bijoux de la Castafiore en feuilleton, à raison de deux pages par semaine. Plus tard, cantonné en Bretagne les jours de pluie, j'ai progressivement acquis l'ensemble, mais les redécouvrir dans cette nouvelle édition a un exquis goût de madeleine.
Lorsque Hergé avait tout redessiné, c'est Edgar P. Jacobs (lien externe) qui s'était chargé de la colorisation des 14 premiers. L'auteur des fabuleuses aventures de Blake et Mortimer (lien externe) n'en avait hélas réalisé qu'une douzaine, or une vingtaine ont suivi, scénarisées et dessinées par d'autres, après sa mort, sans être à la hauteur des originaux. Je n'ai tout de même pas regretté d'avoir craqué pour L'affaire Francis Blake due à Jean Van Hamme et Ted Benoit, et surtout pour Le dernier pharaon (lien externe) de Schuiten, Van Dormael, Gunzig et Durieux, où les deux héros ont vieilli et se retrouvent dans une intrigue et une mise en pages radicalement nouvelle, et très réussie. Sa lecture m'a même donné envie de relire des Schuiten & Peeters, et de revoir les quatre longs métrages de Jaco van Dormael (lien externe) (Toto le héros, Le huitième jour, Mr Nobody et Le tout nouveau testament), tous empreints de fantaisie et de poésie.
Parmi les ouvrages encensés du passé, j'ai découvert Zaï Zaï Zaï Zaï (lien externe) de Fabcaro, un petit bijou d'humour critique et absurde qui m'a fait rire aux éclats et à haute-voix. Comme je plongeais dans L'insensé, le nouveau Manu Larcenet, dont la sensibilité n'a d'égal que la beauté des planches, je commandais les parties 3 et 4 de Blast qui m'avaient échappé. Une lecture en entraînant souvent une autre, celle de Electric Miles (1. Wilbur) de Fabien Nury et Brüno m'a donné envie de me plonger dans l'épais Il était une fois en France de Nury et Sylvain Vallée qui retrace l'histoire d'un personnage ambigu sous l'Occupation. Par contre, Le clan Walden de Catherine Meurisse, malgré ses idées généreuses, m'a un peu ennuyé. J'ai besoin d'être pris par le scénario, et d'aimer le dessin. On sait bien que "des goûts et des couleurs", etc. Donc ils sont tous très très bien, mais cette fois, mes deux coups de cœur vont, avant tout, à Fabcaro et Larcenet.