Transformer le son d'un musicien ou d'une musicienne en temps réel revient à jouer à deux sur le même instrument. Cela exige une grande confiance entre l'émetteur et le contrôleur, surtout si l'improvisation est l'un des paramètres de la composition. D'un côté un lâcher-prise, de l'autre un tact et un effacement exemplaires.
Je me souviens de la panique de Michel Portal, en 1975, venu brancher sa clarinette sur mon synthétiseur 2600 de l'époque. À vouloir tout contrôler, on rate la rencontre. Depuis, j'ai souvent proposé aux musiciens ou musiciennes avec qui je sentais une véritable complicité de tenter l'expérience qui revêt chaque fois un aspect ludique, échange de balles soulignant la tendresse de l'écoute mutuelle.
Voilà plus de dix ans que Élise Dabrowski (lien externe) et Sébastien Béranger (lien externe) pratiquent ensemble ce sport pour accoucher d'une musique céleste qui puise au tréfonds de l'âme humaine. La chanteuse et contrebassiste joue ici d'un (méta)violoncelle, soit sa voix et l'instrument travaillés en direct par le truchement de l'ordinateur. La frontière entre acoustique et électronique disparaît dans cet entrelacement délicat « de bruit et de fureur ». L'association de ces deux compositeurs crée cette osmose où se suivent Le temps est un bruit, Tout est silence avant le bruit de l'eau, C'est qui, Le soleil tombe sur les cloches et leur son se mêle à ma tête, La fureur appelle la fureur comme l'écho répond au cri, ces titres faisant figure de programmes où Faulkner, Shakespeare et quelques autres glissent des réminiscences du passé dans l'instant présent. Élise Dabrowski et Sébastien Béranger y voient un « trio à deux » quand j'entends plutôt une entité unique qu'on appelle musique.
→ Élise Dabrowski & Sébastien Béranger, De bruit et de fureur (lien externe), CD 3f
Article CITIZEN JAZZ (lien externe)