Wyclef Jean invente le Rara Jazz

En 1999, j'étais parti interviewer Robert Wyatt (lien externe) chez lui à Louth pour Jazz Magazine. Le premier jour, j'avais eu le tort d'apporter trop de bonnes bouteilles et nous n'avions pu travailler que le lendemain. Nous avions consacré le troisième jour à échanger nos coups de cœur. C'est ainsi que mon ami me remit la cassette des jam-sessions d'Edgard Varèse (lien externe) auxquelles participaient Charles Mingus, Art Farmer, Teo Macero, etc. et qu'il me fit écouter la chanson Gone Till November (lien externe) de Wyclef Jean qu'il se passait en boucle. C'est ce jour-là aussi que je le poussai à reprendre la trompette tant il aimait le jazz et l'improvisation. Rentré à Paris, je fus totalement ébloui en écoutant le reste de l'album The Carnival de Wyclef Jean (lien externe). Depuis, j'écoute systématiquement tout ce que fait l'ancien Fugee (lien externe). En dehors des jeunes Français/e/s que je suis sérieusement, ne sont pas si nombreux ceux dont je ne manquerai un disque sous aucun prétexte. Robert, très affaibli par la maladie, ne produit plus ; Frank Zappa, Fausto Romitelli, Scott Walker et tant d'autres ont rendu leur tablier ; Michael Mantler m'écrit qu'il a tout dit... Les albums de Wyclef ne sont plus aussi bluffants que les premiers, comme le fut également The Ecleftic, mais je ne peux m'empêcher d'écouter tout ce qu'il sort, parfois assez confidentiellement. Bernard (Vitet) (lien externe) me disait que c'est l'avantage d'avoir écrit un tube : les producteurs et le public espèrent toujours qu'un autre pourrait advenir !

Voilà trente ans que sont parus The Score des Fugees et son chef-d'œuvre, The Carnival. À cette occasion, Wyclef sort successivement sept albums concoctés ces sept dernières années sous le titre générique Quantum Leap, adoptant chacun un style différent ! Le premier, Clef Notes, revient sur ses origines, le hip-hop, avec Rapsody, Kayla GC, G Herbo, Andra Day, Lil Wayne, Joyous Celebration et Theo Croker.

Le second, Q Theory, est essentiellement instrumental et renvoie à un jazz qui m'apparaît easy listening avec un hommage à Quincy Jones, qui l'avait introduit au Montreux Jazz Festival. Ce qu'il appelle rara jazz est une sorte de fusion avec les musiques des Caraïbes, du Brésil ou d'Afrique, sous influence coltranienne et surtout de Herbie Hancock qui, comme Wayne Shorter, a beaucoup inspiré les artistes de la pop. Wyclef y joue des guitares, du Fender Rhodes, de la basse, des synthés et programme la batterie. L'accompagnent le pianiste Robert Glasper, Patrick Pelissier aux claviers et Fender Rhodes, le batteur Emmanuel Laine, le bassiste Emanuel Najee, le saxophoniste Godwin Louis et beaucoup d'autres, avec les apports vocaux de Kayla Carpenter, Kyle Carpenter et Lynette Rhett.

Les cinq prochains numéros aborderont la country, le reggae, le gospel, le rhythm & blues, la musique haïtienne ! Je me souviens d'un concert où Wyclef avait interprété du Pink Floyd et des tas de morceaux inattendus, et au bout de trois heures intenses il était grimpé dans les cintres avant de faire un saut périlleux sur place ! Je ne serais pas étonné qu'un de ces sept chapitres sorte de l'ordinaire, ce que je recherche toujours avant tout. 

→ Wyclef Jean, Q Theory - Quantum Leap, CD/LP Megaforce, sortie le 30 octobre 2026 (déjà en ligne sur Internet) 

Article à paraître sur CITIZEN JAZZ (lien externe)